L'Homme Qui Lit

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Catégorie : Premier roman (Page 1 sur 4)

Parmi les vivants, Charlotte Farison

Ma note :

Charlotte Farison - Parmi les vivantsIl y a les thrillers qui se ressemblent, ils se lisent avec une facilité déconcertante, on anticipe la plupart du temps l’évolution de l’histoire, les implications, qui sont les salauds, qui va mourir et comment le roman se terminera. C’est la recette facile, le truc sans risque pour les écrivains du genre qui laisse généralement le lecteur satisfait mais c’est souvent aussi vite oublié que dévoré. Et puis il y a ces bouquins atypiques, plus denses que la moyenne, qui essaient de nous semer au fil des pages, qui distillent les indices au point qu’on a irrémédiablement envie d’avancer pour en savoir un peu plus. C’est une prise de risque, qui parfois paie, mais qui peut décevoir si l’acmé n’est pas à la hauteur des espérances.

Pour son premier roman, la parisienne Charlotte Farison n’a pas choisi la facilité. Son récit est raconté par la voix de deux personnages, Shula et Arturo, et même si l’on imagine que les deux récits vont à un moment entrer en collision, et que la lumière se fera sur ces histoires à priori sans aucun rapport, il faut s’armer de patience.

Nous sommes donc en 2002, et Arturo est un jeune homme un peu paumé, un peu hybride, qui se retrouve engagé par le PDG aussi invisible qu’énigmatique d’Hermonia, société nébuleuse spécialisée dans la sauvegarde des données d’autres entreprises, misant énormément sur le cloud. Chargé de gérer la branche mécénat de la société, Arturo prend la suite de Lise Marshall, décédée dans un dramatique accident de la circulation. Seulement dans sa boîte, rien n’est simple, et il se retrouve rapidement au croisements d’histoires et de querelles qui le dépassent, et dont il n’est pas certain de tirer son épingle du jeu.

Shula elle, est danseuse. Enfin, elle enseigne la danse à Paris, mais se livre également à des danses privées lors d’évènements particulièrement bien payés, histoire de mettre de l’argent de côté. Après qu’un contrat dans une immense villa de la Côté d’Azur ne vire au bain de sang, elle se retrouve malgré elle en exil forcé à Vienne, entourée de Victor Khan et de son associé, auxquels elle n’est pas tout à fait libre de fausser compagnie…

Arturo et Shula se remémorent pourtant des bribes d’une vie antérieure menée sur une île sans nom, qu’on comprend avoir été la proie d’une guerre civile, et dans laquelle des sociétés de mercenaires ont beaucoup gagné, et dans laquelle ils auront beaucoup perdu.

Ce roman atypique m’a laissé un sentiment très ambivalent à la fin de la lecture. Le livre fait plus de 600 pages, mais certains chapitres sont alourdis par des longueurs, et même si l’histoire est dense et globalement intéressante, je ne suis pas certain d’avoir bien saisi le dénouement de l’histoire, ce qui est un peu décevant après ces longues heures de lecture d’une intrigue languissante. Il faut pourtant reconnaître que d’une part, pour un premier roman, le récit est audacieux, et j’ai aimé cette histoire complexe et inattendue, et que d’autre part l’écriture de Charlotte Farison est talentueuse, car j’ai été happé dés les premières pages par ce style direct et envoûtant qui m’a rappelé Marco Mancassola. Une bonne lecture, dans l’ensemble, et une auteur à suivre.

Parmi les vivants, de Charlotte Farison, est publié le 2 mars 2017 aux éditions Super 8.

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Et à la fois je savais que je n’étais pas magnifique, Jon Monnard

Ma note :

Jon Monnard - Et à la fois je savais que je n'étais pas magnifiqueIl faut peut-être y voir une coïncidence perverse, mais c’est la seconde fois que je trouve un auteur helvète aussi sublime qu’hétérosexuel. Mais surtout, aussi sympathique que doué, et c’est peut-être ça, finalement, la marque de fabrique d’un écrivain chez nos voisins à l’impassible neutralité. Après Joël Dicker, qui avait fait vibrer le cœur de quelques midinettes – dont votre serviteur – et accompagné un paquet de lecteurs dans les pas de Marcus Goldman, voici que le tout aussi jeune Jon Monnard signe aux éditions L’âge d’homme son premier roman, au titre aussi long qu’intriguant, Et à la fois je savais que je n’étais pas magnifique.

Coska est un jeune homme à l’étroit dans une école d’arts dont il semble hermétique aux différents codes et comportements. Pourtant estimé brillant par certains professeurs, cette jeune étoile connaîtra le destin de tous les astres soumis à la pression : au bord de l’implosion, il fera le choix de tout plaquer pour se consacrer à sa passion viscérale qu’est la littérature, et surtout l’écriture.

Après avoir remporté un concours d’écriture pour une maison de haute couture réputée, il collaborera en grande pompe avec cette marque désireuse d’intellectualiser son image. Des étoiles plein les yeux, le jeune auteur découvrira à ses dépens un monde aussi hostile que superficiel, fait de faux semblants, de gloires éphémères et de promesses dorées.

Les ignares, les profiteurs se sont entichés de la littérature, de la bohème, de l’intellectualité comme de simples accessoires extérieurs ou des vecteurs d’images, sans grande profondeur.

De son vrai nom Jonathan Monnard, écrivain en herbe depuis ses douze ans, grand lecteur, instagrammeur prolifique et par ailleurs comédien amateur dans la troupe de théâtre Les Culturés, l’auteur s’est dit inspiré par un concours d’écriture organisé par la marque Prada, y voyant là une trame propice à l’écriture de ce roman dont il avait fait la promesse à sa mère quelques années avant son décès.

Préfacé par le célèbre Philippe Besson, ce premier roman est surprenant dans ses thématiques, celles de la fugacité du succès, de la superficialité des apparences, et finalement, celle des illusions perdues. Un court roman initiatique et pourtant terriblement lucide sur la tyrannie du faux semblant dans le milieu de la mode comme dans sa représentation dans les réseaux sociaux, que j’ai lu avec beaucoup de plaisir et auquel il faut reconnaître de belles qualités. Jon Monnard aspire, et je ne le blâmerai surtout pas, à continuer d’écrire, des romans comme des scénarios. On ne demande pas mieux.

Et à la fois je savais que je n’étais pas magnifique, de Jon Monnard, est publié en Suisse le 9 mars 2017 et en France le 30 mars 2017 aux éditions L’âge d’homme.

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The Cruelty, Scott Bergstrom

Ma note :

Scott Bergstrom - The CrueltyJ’ai toujours regardé d’un œil circonspect l’emballement des lecteurs de ma génération pour la littérature adolescente, ou « young adult » comme il est coutume de l’appeler avec une très légère hypocrisie, y voyant là une sorte de syndrome de Peter Pan pour blogueuse immature. Parce que la littérature doit aussi permettre de s’ouvrir à l’inconnu, j’ai mis de côté mon a priori pour le genre en me lançant dans The Cruelty, premier roman de Scott Bergstrom, et premier tome d’une saga déjà annoncée, donc.

Gwendolyn Bloom est une adolescente américaine de dix-sept ans, fille de diplomate et habituée à suivre son père d’un pays à l’autre au gré de ses mutations pour le Département d’État. Pourtant, le lycée privé qu’elle fréquente actuellement à New-York ne lui réussit pas franchement, car elle se retrouve exclue après une altercation avec une petite peste de son établissement.

Alors que son père disparaît sans laisser de traces lors d’un séjour à Paris et que des agents fédéraux l’interrogent et passent leur appartement au peigne fin, elle découvre que son père n’est en réalité pas diplomate, mais espion au sein de la très célèbre CIA. Placée malgré elle chez une tante qu’elle n’a pas vu depuis des années, et contrainte de partir vivre chez elle au Texas, Gwendolyn décide d’aller demander de l’aide à ses voisins, amis proches de la famille.

L’adolescente se retrouve donc en Europe, où elle sera apprentie espionne auprès d’une agent israélienne devant des services à son père. Une fois son entraînement terminé, elles se lanceront toutes les deux sur les traces de son père, de Paris à Prague, où Gwendolyn découvrira un monde impitoyable où il faut savoir tuer pour espérer rester en vie le plus longtemps possible.

The Cruelty est un roman conforme à sa description, destiné à un public plutôt adolescent, avec comme dans les romans de mon enfance (comprendre Le Club des Cinq), une héroïne adolescente qui vit des aventures improbables d’adulte, forcée de mûrir rapidement, etc. Cet aspect mis de côté, on retrouve un premier roman de qualité, à l’écriture agréable et aux rebondissements assez riches pour m’avoir tenu jusqu’au bout. Un roman formaté pour que ses droits d’adaptation soient vendus, à l’image de Hunger Games et de tous les autres romans du même genre. Une affaire à suivre, donc !

The Cruelty, de Scott Bergstrom, est publié aux États-Unis en février 2017, sous le même titre. Il est publié en France aux éditions Hachette Romans le 1er février 2017 dans une traduction d’Alice Delarbre.

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La libraire de la place aux Herbes, Eric de Kermel

Ma note :

Eric de Kermel - La libraire de la place aux HerbesQuand j’ai quitté Paris pour partir vivre dans cette ville de province, ma grande déception fut l’absence d’une petite librairie intimiste, faisant si possible salon de thé, comme j’en visite avec enchantement en France et à l’étranger à l’occasion de tous mes déplacements. Coincée entre une Fnac et un espace culturel Leclerc, la seule librairie indépendante de ma ville m’a longtemps rebutée : trop froide, trop commerciale, je n’y avais jamais trouvé l’amour du livre de la part des employés qui semblaient plus à mes yeux être des vendeurs de livres que des libraires. C’était jusqu’à ce que la discussion s’ouvre, et que de fil en aiguille, celle que j’aime appeler « ma libraire » me conseille ses lectures, dont ce très beau premier roman d’Eric de Kermel.

Nathalie et Philippe sont un couple de parisiens qui choisissent de s’exiler à Uzès, où Nathalie va racheter la petite librairie de la place aux Herbes qui est alors à vendre, et s’essayer à ce nouveau métier dont elle a toujours rêvé. C’est dans cet espace un peu confidentiel qu’elle va pouvoir organiser les rayons, classer les titres, mettre en avant nouveautés et coups de cœur. Donnant sur cette place qui abrite un marché régional, la libraire sera alors le lieu de nombreuses rencontres, aussi simples que chaleureuses.

Au fil des pages, on fait la rencontre de personnages attachants, qui tous apportent en entrant dans cette librairie leur histoire de vie, leur parcours, leurs doutes, et plus souvent encore, leurs espoirs. Qu’il s’agisse d’une jeune fille à l’éducation un peu rigide qui souhaite ouvrir ses horizons littéraires, d’un doux rêveur qui s’imagine infatigable voyageur du monde au fil des guides touristiques, d’une jeune bergère dont le ventre s’arrondit et qui ne veut pas le voir, d’un jeune homme décidé à reprendre contact avec un père à la santé déclinante ou encore du facteur qui rêve d’une vie de comédien, Nathalie sera là pour dispenser ses bons conseils et les lectures adaptées.

C’est un roman plein de bons sentiments mais sans niaiserie, à la fraicheur incandescente, que j’ai dévoré avec un immense plaisir. Il faut ici que je remercie ma libraire, qui m’a mis ce livre dans les mains pour mon plus grand bonheur. En deux cent pages, avec l’aide d’Eric de Kermel et de Nathalie, la libraire d’Uzès, elle m’a redonné envie de raccrocher ma blouse, de couper la sirène, les gyrophares, et d’ouvrir à mon tour cette petite librairie, « lieu de lumière et de chaleur, de partage et de confidences » .

La libraire de la place aux Herbes, d’Eric de Kermel, est publié le 23 février 2017 aux éditions Eyrolles.

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Terminus Elicius, Karine Giebel

Ma note :

Karine Giebel - Terminus EliciusLe monde de l’édition est parfois fait de mystère, de choix étranges, et je m’interroge toujours sur l’opportunité – et les motivations – qu’ont eu les éditions Belfond de republier ce tout premier roman de Karine Giebel, auteur française de polar désormais bien connue, qui était paru en 2004 dans la collection Rail Noir des éditions La Vie du Rail, un groupe de presse spécialisé dans la publication de magazines et de romans en rapport avec le transport ferroviaire.

Terminus Elicius nous emmène donc à Marseille, dans un commissariat de la ville où travaille Jeanne, une employée administrative un peu particulière, oscillant entre des rituels maniaques et les décompensations psychotiques. Au bureau, elle est discrète au point d’en devenir invisible, même si elle aimerait que le capitaine Esposito la remarque un peu plus.

Jeanne donc, très ritualisée, prend tous les jours le même train pour se rendre de Istres – où elle vit avec sa mère, dépressive neurasthénique – à Marseille, où elle travaille. Et inversement, le soir. Toujours le même train, la même place, les mêmes habitudes.

Un jour, glissée entre deux sièges, Jeanne trouve une lettre laissée là à son attention. A l’intérieur, un courrier d’un mystérieux Elicius, qui lui annonce la surveiller depuis longtemps, l’aimer, et être un tueur. Et ça tombe bien, pendant ce temps, le capitaine Esposito et son équipe traquent en vain un tueur en série dans les environs de Marseille.

Pour la faire court, Jeanne et le tueur correspondent plus où moins, entre deux crises de nerf et deux égorgements de victimes, tandis que la police patauge littéralement dans un bain de sang. Le capitaine Esposito est pourtant déterminé, comme l’illustre cette brillante phrase : « Désormais, il en faisait une affaire personnelle. Il y passerait ses jours, ses nuits, sa vie entière s’il ne fallait. Et sa traque ne connaîtrait ni répit ni pitié » .

Bref, ce roman fut très vite lu, et c’est tant mieux. Je l’ai trouvé plein de bons sentiments, de grosses ficelles, d’amateurisme, de clichés en veux-tu en voilà. J’en étais désolé pour Karine Giebel, pour qui j’ai beaucoup d’estime littéraire, car je ne comprends pas qu’on ai voulu remettre en avant ce livre qui a toutes les qualités, et tous les défauts, d’un premier roman. Si vous ne connaissez pas encore l’auteur, attaquez-vous plutôt à Purgatoire des innocents ! Enfin, on notera la présence d’une nouvelle inédite en fin d’ouvrage, pour faire passer la pilule du roman : une bonne idée, mais loin d’être suffisante.

Terminus Elicius, de Karine Giebel, est publié en 2004 aux éditions La Vie du Rail et republié le 3 novembre 2016 aux éditions Belfond. Le titre est également disponible au format poche depuis octobre 2011 aux éditions Pocket.

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No Home, Yaa Gyasi

Ma note :

Yaa Gyasi - No HomeIls sont rares ces romans qui vous happent, qui dés les premières pages libèrent une magie littéraire, vous jettent un sort qui vous empêche d’en arrêter la lecture avant d’en tourner la dernière page, exténué par une lecture frénétique. Ils sont assez rares pour que l’on puisse en parler comme des coups de cœur, des révélations, des pépites, et qu’on veuille essayer de convaincre tout le monde autour de soi que c’est LE roman à lire, le titre qu’il ne faut surtout pas rater, et dont on espère qu’il deviendra avec le temps un grand classique de la littérature américaine.

Le roman débute dans la fin du 18ème siècle, dans les terres de Côte-de-l’Or, le Ghana actuel, autour du destin de deux soeurs, Effia et Esi, nées d’une même mère dans deux villages différents d’une province tribale du pays fanti. Effia sera mariée à un colon anglais du fort de Cape Coast, vivant alors du commerce avec l’Afrique mais surtout de la traite négrière. Sa soeur Esi, dont elle ignore l’existence, sera elle aussi envoyée dans le fort, mais dans ses immondes cachots, ou elle sera vendue comme esclave puis envoyée en Amérique.

Au fil des générations, le lecteur suit la descendance de ces deux sœurs promises à des destinées que tout oppose et qui pourtant, chacune à leur façon, fait écho à ses racines. Les enfants d’Effia resteront dans ces terres d’Afrique, seront de ces Grands Hommes, chefs de tribus, lettrés, enseignants, condamnés à voir les clans s’entretuer pour survivre et vendre à l’homme blanc sa précieuse marchandise qu’est l’homme noir.

Aux États-Unis, la descendance d’Esi connaîtra l’enfer de l’esclavage, des champs de coton aux coups de fouets, du travail forcé dans les mines à l’injuste ségrégation, de la guerre de sécession à l’enfer de la drogue. Sept générations plus tard, les destins entremêlés de Marjorie et de Marcus, chacun porteur de la très longue histoire de leur famille, faite d’espoir et de souffrance, riches de leurs racines africaines, qui se retrouvent enfin au fort de Cape Coast, le point originel.

Yaa Gyasi signe à 26 ans un premier roman d’une extraordinaire maturité, d’une beauté qui transcende la littérature. L’histoire de cette famille qui traverse les siècles, nourrie par l’espoir d’une vie meilleure, qui toujours garde la tête haute, est tout simplement magnifique. C’est une lecture passionnante, à l’écriture maîtrisée, un roman polyphonique de personnages aussi sensibles que touchants, qu’il faut absolument découvrir. Un très grand livre !

No Home, de Yaa Gyasi, est publié aux États-Unis en juin 2016 sous le titre « Homegoing ». Il est publié en France le 4 janvier 2017 aux éditions Calmann-Lévy dans une traduction de Anne Damour.

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Bronson, Arnaud Sagnard

Ma note :

Arnaud Sagnard - BronsonVoilà que s’achève la dernière lecture des quatre titres proposés par les éditions Stock pour le Prix SensCritique du Premier Bouquin, après L’éveil de Line Papin, Anthracite de Cédric Gras et Un travail comme un autre de Virginia Reeves, mon préféré de tous. Bronson est un peu différent des autres titres, puisqu’il s’agit d’une biographie romancée, un genre auquel je ne m’essaie pas assez souvent étant de principe peu attiré par les récits biographiques, mais dans lequel il faut reconnaître aux auteurs récents une volonté payante de transformer l’essai biographique en véritable roman, en invitant un peu la fiction pour lier les faits historiques entre eux.

« L’homme délesté de tout ce qui est accessoire » . Un jour, un critique a écrit cette phrase à son sujet. Névralgique et silencieux, Bronson est une puissance de retrait. L’air se raréfie en sa présence, ce stoïcien armé d’un revolver ne sature pas l’espace comme le font la plupart des grandes acteurs, il vide plutôt l’écran de toute autre présence. Sans se battre ni parler, il exerce une forme performative de violence. Elle est déjà là comme une pesanteur.

Bronson est une légende du cinéma américain, un homme destiné à tout sauf à se retrouver sur grand écran, qui débuta sa vie comme mineur de charbon, dans une famille de mineurs, habituée aux drames. Né entre deux guerres, il sera mobilisé lors de la seconde et se retrouvera mitrailleur dans la queue d’un avion militaire, à essayer de sauver sa peau face aux pilotes japonais.

Après quelques cours de théâtre dans une grande ville, Bronson se fait remarquer pour sa gueule, son physique de bandit qui l’aidera aussi souvent qu’il ne le pénalisera dans la vie. Un taiseux avare de mots souvent cantonné à ces rôles d’individu imperméable, qui aime les femmes à sa façon, et épousera sa première femme à 28 ans.

La carrière de Bronson sera ensuite à l’image de la filmographie qu’il laisse derrière lui après son décès en 2003 : un long succès, l’acteur étant adulé partout où il passe. « Depuis qu’il est apparu à l’écran un harmonica à la bouche, le public européen lui voue un culte sans précédent. (…) Il est le détenu creusant le tunnel du salut, l’homme poursuivant et trouvant l’assassin de son frère, l’enquêteur résolvant un mystère, il sera l’amant traquant et punissant la femme qui l’a trahi, l’Indien condamnant l’oppresseur, le mafieux mettant à bas le système, l’espion mettant fin à la guerre froide… » .

Arnaud Sagnard fait du récit de la vie de Charles Bronson, né Bunchinsky, un roman intriguant, une biographie originale qui plus souvent qu’à son tour donne envie de s’installer devant sa télé pour visionner ces films mythiques qui ne sont pourtant pas de ma génération, afin de rencontrer cet acteur dont je connais désormais la vie sans en connaître l’oeuvre.

Bronson, d’Arnaud Sagnard, est publiée le 24 août 2016 aux éditions Stock.

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Anthracite, Cédric Gras

Ma note :

Cédric Gras - AnthraciteSeconde lecture de la sélection de premiers romans publiés chez Stock, en lisse pour le Prix SensCritique du Premier Bouquin, et déjà un peu plus intéressé qu’avec L’éveil de Line Papin, qui m’avait plutôt endormi.

Nous sommes donc cette fois en Ukraine, en 2014, à l’époque dite de la « crise ukrainienne » , quand le gouvernement décide de ne pas se rattacher à l’Union Européenne, entraînant alors sa chute dans une révolution partant tous azimuts. La crise prit une dimension internationale lorsque la presqu’île de Crimée demande à rejoindre la Fédération de Russie, entraînant un chaos diplomatique et militaire de grande envergure. Dans le Donbass, une région du sud-est de l’Ukraine, les miliciens s’affrontent, d’un côté les pro-russes, de l’autre les ukrainiens.

Au centre de tout ça, deux amis d’enfance aux destins divergents – l’un est chef d’orchestre et fuit une arrestation imminente, l’autre dirigeait une mine d’anthracite, une variété de charbon gris – prennent la fuite et tentent, en sauvant leur peau, de mettre à l’abri les femmes qu’ils aiment.

J’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire, mes connaissances du conflit ukrainien n’allant pas plus loin que celles apportées par les journaux télévisés et la presse en ligne (mais merci Wikipédia, hein !), et le roman était quelques fois un peu difficile à suivre dans sa logique. Il y a du bon, dans ce roman flirtant de réalisme, et j’ai apprécié la cocasserie des certaines situations, qui prêtent à sourire, en dépit du fait que l’on se retrouve au beau milieu d’une guerre, avec de vrais morts, et qu’en soit ça ne me fasse pas franchement marrer. J’ai été moins ennuyé mais pas passionné par l’histoire de ce premier roman.

Anthracite, de Cédric Gras, est publié le 24 août 2016 aux éditions Stock.

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Un travail comme un autre, Virginia Reeves

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Virginia Reeves - Un travail comme un autreTroisième lecture des quatre titres proposés par les éditions Stock aux dix membres du jury de cette 1ère édition du Prix SensCritique du Premier Bouquin… et enfin un roman qui m’a absorbé. La courte biographie de l’auteur sur son site nous informe qu’elle est diplômée en écriture par l’université d’Austin au Texas, et qu’elle est désormais retournée vivre en famille dans le Montana, d’où elle est originaire. Ce premier roman a par ailleurs été retenu lors de la première sélection de treize titres du Man Booker Prize, l’un des plus prestigieux prix littéraires anglophones, mais il n’a malheureusement pas été retenu parmi les six finalistes.

Alabama, années 1920. Roscoe T Martin est électricien, ancien employé de la compagnie d’électricité Alabama Power, parti s’installer avec son épouse Marie et leur jeune fils Gerald dans la ferme de ses beaux parents dont ils ont hérité. Fasciné depuis toujours par la magie de ce courant dont il perçoit très vite le développement fulgurant, il s’adapte mal à la vie de fermier et ne s’occupe guère de l’exploitation qui décline alors doucement. Un jour, il décide que ses compétences d’électricien peuvent servir à moderniser la ferme, et avec l’aide de Wilson leur employé noir, prend sur lui de détourner du courant électrique sur une ligne de son ancienne compagnie qui passe à proximité, laissant croire à tout le monde que la compagnie innove en électrifiant les exploitations agricoles.

La ferme reprend lentement vie, de même que le couple, et l’exploitation connaît alors une période relativement heureuse. Seulement voilà, un soir alors que la famille est en plein dîner, le shérif vient arrêter Roscoe pour vol, mais également pour homicide : un des employés d’Alabama Power chargé de la maintenance des lignes est tombé sur leur installation permettant de détourner le courant et est mort électrocuté par son transformateur maison.

Tandis que Wilson est condamné comme complice, et vendu comme prisonnier à une mine, Roscoe est envoyé dans la prison de Kilby après avoir été condamné à vingt ans de prison lors d’un procès bâclé où sa femme refusera de venir le voir.

Le roman alterne entre les récits de la vie en prison, une prison moderne qui vient de se doter de la chaise électrique, et l’histoire de cette famille jusqu’au drame qui la fit voler en éclat. Je n’avais absolument pas entendu parler de ce roman, et c’est dommage, parce que je l’ai littéralement dévoré ! Le personnage de Roscoe, autour de qui tourne le récit, est plus complexe qu’il n’y paraît et rend l’histoire plus surprenante, ses réactions moins prévisibles. Je me suis surpris à m’être attaché à celui qui, dans les premières pages, m’avait clairement rebuté. C’est un roman magnifique sur la famille, sur la prison, sur le pardon et la rédemption : une de mes lectures préférées de cette année !

Un travail comme un autre, de Virginia Reeves, est publié en mars 2016 aux États-Unis sous le titre “Work Like Any Other” . Il est publié en France le 24 août 2016 aux éditions Stock dans une traduction de Carine Chichereau.

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L’éveil, Line Papin

Ma note :

L'éveil - Line PapinJe suis un fervent utilisateur du site SensCritique depuis plusieurs années. J’ai regardé avec un brin de jalousie l’industrie du cinéma offrir les meilleurs partenariats commerciaux à ce site de partage de critiques (et de bien plus, d’ailleurs). Aussi quand j’ai vu passer l’info d’un partenariat avec un éditeur, j’ai sauté sur l’occasion pour proposer ma candidature : autant vous dire que j’étais super content d’être retenu avec neufs autres lectrices et lecteurs du site.

L‘idée, c’est de nous partager via la plateforme NetGalley quatre “premiers romans” publiés aux éditions Stock à l’occasion de cette rentrée littéraire, de nous demander de les lire puis d’en publier notre avis sans contrainte au moins sur SensCritique, afin de désigner un lauréat. Vous avez raison, c’est un peu biaisé, parce que c’est une opération commerciale avant tout, et j’aurais aimé comme certains d’entre vous que SensCritique propose un prix littéraire indépendant. Qui sait, les années suivantes peut-être ?!

Concernant ma première lecture, L’éveil, je suis moins enthousiaste. J’ai découvert au moment de rédiger cet avis très bref que son auteur, Line Papin, avait tout juste vingt ans, et je n’avais même pas pris le temps de lire le résumé du roman, aussi on ne pourra pas penser que j’en ai débuté la lecture avec un à priori.

Nous sommes au Viêt Nam, à Hanoï. Un français expatrié bosse comme serveur et lors d’une fête, y fait la rencontre de Juliet, la fille de l’ambassadeur d’Australie. C’est mignon, ça sent bon les amourettes de vacances, on s’imagine déjà les balades dangereuses accrochés l’un contre l’autre sur un scooter dans les rues bondées, à jouer du klaxon pour essayer de n’écraser personne, et le coucher de soleil la tête de la fille posée sur l’épaule du garçon, doigts entrelacés, le regard perdu dans l’immensité du paysage teinté d’une douce chaleur rose orangée. On rêve un peu, on pourrait oublier avoir déjà subi Marc Lavoine et Zoé Félix dans le même genre de scène au cinéma.

Et en fait, non. Pour rester dans la tradition culturelle française, on se retrouve embarqué dans un ménage à trois avec une autre française, Laura, qui vient brouiller les cartes avec son anorexie, ses excès, son instabilité.

Tout n’est pas à jeter avec l’eau du bain, dans ce premier roman. Bon, c’est peut-être parce que je suis un mec, allez savoir, mais ces atermoiements émotionnels féminins, ça m’épuise : c’est lors de ce genre de lecture que je suis heureux d’être gay, pour tout vous dire. Et qu’on écrive un roman où le mec réfléchit comme une femme, c’est un mauvais point. Pour autant, il faut reconnaître que l’essentiel de la lecture est plutôt agréable et que la plume de l’auteur est prometteuse. À surveiller, donc.

L’éveil, de Line Papin, est publié le 24 août 2016 aux éditions Stock.

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