L'Homme Qui Lit

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Catégorie : Gay

Tendres baisers d’Oxford, Enzo Daumier

Ma note :

Enzo Daumier - Tendres baisers d'OxfordJ’ai comme la plupart des lecteurs une image un peu vieillotte des éditions Harlequin, celle des romans à l’eau de rose aux couvertures rebutantes, que je pouvais voir traîner chez ma grand-mère. Un peu du même genre que les romans photos de Nous Deux… Récemment, avec le prodigieux retour en grâce de la littérature érotico-romantique, dépoussiérée des années 60, les observateurs auront remarqué un positionnement rigoureusement moderniste des éditions Harlequin.

Aujourd’hui l’éditeur consacre une part belle à la littérature homosexuelle, avec la publication de quelques jolis titres sur les amours gays ou lesbiens, essentiellement au format numérique via les éditions HQN (et à tout petit prix).

Nous voici donc partis à Oxford, la fameuse cité universitaire britannique, aux côtés de Lucien, un jeune français expatrié pour ses études, qui pratique l’aviron dans un club assez ouvert avec son meilleur ami Nicholas. A son retour de France, où son coming out à sa très aristocratique mère ne s’est pas vraiment bien passé, il se fait larguer par Matthew, son imposant petit ami, alors qu’ils étaient sur le point de s’installer ensemble… Une période difficile pour le jeune homme, qui est alors en pleine rédaction de sa thèse !

Il pourra heureusement compter sur le soutien indéfectible de ses meilleurs amis, dont Ruby-Lou, qui s’occupera de lui changer les idées en l’emmenant à ces soirées qu’il déteste tant. Il y rencontrera par hasard Andrew, le frère de Nicholas, célèbre chanteur d’un groupe de pop à la mode dont notre amateur de musique classique médiévale n’a que faire. Et pourtant, entre l’universitaire au coeur brisé et le chanteur pourtant très hétérosexuel, va naître une complicité inattendue.

Je ne vous révèlerai pas la fin de ce roman, tant elle m’a sidérée, voire peut-être même frustrée, mais sachez que vous n’êtes pas au bout de vos surprises, et que j’espère rapidement pouvoir m’attaquer à une suite ! Enzo Daumier réussit à nous faire vivre une histoire romantique sans niaiserie ni vulgarité, toute en pudeur et en beaux sentiments. Une très belle lecture que je ne peux que recommander.

Tendres baisers d’Oxford, d’Enzo Daumier, est publié au format numérique le 25 avril 2016 aux éditions HQN.

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Le secret de Tristan Sadler, John Boyne

Ma note :

John Boyne - Le secret de Tristan SadlerLa première guerre mondiale à peine terminée, l’Angleterre peine à se remettre de ce traumatisme qui causa la mort de tant de jeunes hommes d’une même génération. C’est dans cette ambiance lourde du deuil collectif que Tristan Sadler, rentré du front vivant, retrouve dans un café Marian Bancroft, la soeur de Will, un camarade de tranchée.

Le pays est encore comme tétanisé par cette guerre, les hommes trop jeunes pour être allé se battre rêvent de prendre les armes et se nourrissent des récits de ceux qui en sont revenus ; les réformés sont regardés de travers après avoir profité des jeunes femmes célibataires, bien à l’abri des combats, tandis que les soldats rentrés du front soignent les blessures qui peuvent encore l’être.

Sadler voulait voir Marian pour lui remettre les lettres que son ami Will échangeait avec elle, et qu’il a en sa possession. Leur rencontre est tour à tour polie, entre l’évocation de celui qui n’est pas revenu du front, pour parfois être tendue comme un arc, quand on devine que d’autres enjeux créent une rivalité inavouable.

Car si Will est bien mort pendant cette guerre, ce n’est pas d’avoir combattu, mais après avoir été fusillé sommairement pour s’être rebellé face à l’autorité, après avoir été témoin d’actes qu’il estimait ne pas être dignes de la guerre.

Ce roman est aussi, au delà de cette plongée oppressante dans les tranchées boueuses de cette drôle de guerre et des choix moraux qui s’imposent à ces jeunes adultes dans un monde à feu et à sang, une magnifique mais cruelle histoire d’amour entre deux garçons, dont l’amitié particulière prend lentement forme pour devenir ce que l’on pressent dés la première rencontre : une histoire impossible, incandescente et explosive. Un très beau roman.

Le secret de Tristan Sadler, de John Boyne, est publié en mai 2011 au Royaume-Uni sous le titre « The Absolutist ». Il est publié en France aux éditions de l’Archipel en avril 2015 dans une traduction de Cathie Fidler.

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Rainbow Warriors, Ayerdhal

Ma note :

Ayerdhal - Rainbow WarriorsAlors ça, il fallait y penser ! Je ne sais plus bien comment ni où j’ai mis la main sur ce livre, mais le résumé de l’éditeur figurant sur la quatrième de couverture m’a tout de suite plu, par son improbable singularité. Imaginez : une armée de pédés, de gouines et travelos bien décidés à renverser un dictateur africain, on ne croise pas ça tous les jours chez son librairie.

Et pourtant, c’est l’histoire très sérieuse de ces Rainbow Warriors, une armée privée de mercenaires, recrutés dans le plus grand secret par un ancien général américain fraîchement retraité et un peu frileux à l’idée de diriger cette clique de soldats si différents. Financée par de très généreuses donations de célébrités, l’organisation est dirigée par l’ex-secrétaire général des Nations Unies, très au fait du manque de liberté de ce petit pays fictif de l’Afrique dictatoriale et de l’homophobie qui y règne.

Le récit suit donc le recrutement de quelques soldats remarquables, dont certains seront amenés à prendre le commandement d’unités lors du coup d’état qui se profile. L’entraînement de ces personnalités si différentes et pourtant toujours drôles et touchantes ne manque pas de passages hilarants, et tous apporteront leur pierre à l’édifice dans cette grande armée bigarrée.

Mais Ayerdhal ne se contente pas d’une fresque originale et humoristique sur cette improbable armée LGBT, il parvient à interroger sérieusement le lecteur sur l’exercice du pouvoir et ses dérives, que nous rencontrons une fois le coup d’état réussi et le nouveau gouvernement mis en place, car même la bonne volonté démocratique d’homosexuels trop longtemps ségrégationnés ne suffit pas toujours à réussir en politique. Un roman sérieusement marrant à dévorer !

Rainbow Warriors, d’Ayerdhal est publié en mars 2013 aux éditions Au Diable Vauvert. Disponible en format poche depuis février 2015 au Livre de poche.

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Salamandre, Gilles Sebhan

Ma note :

Gilles Sebhan - SalamandreLe milieu interlope des sex-shops parisiens vit comme au ralenti depuis qu’un drame s’est produit dans la moite obscurité de ses cabines en sous-sols : un client aussi fidèle qu’énigmatique, uniquement connu sous le pseudonyme de « Salamandre » dont très peu sauraient expliquer l’origine, est retrouvé poignardé. La police a pourtant bien interrogé les clients du jour, les employés et les jeunes immigrés de l’est venus vendre quelques centimètres de chair aux parisiens les plus concupiscents, rien n’y fait, le mystère plane autour de ce meurtre.

Peut-être faudrait-il mieux connaître le passé tumultueux du défunt pour étendre les investigations à d’autres suspects…

Dans ses jeunes années, Salamandre fut professeur de français au Maroc, dans la très occidentale ville de Casablanca, et essayait d’inculquer son amour de la poésie à de jeunes lycéens, futurs officiers de l’armée marocaine. Subversif et ostentatoire, il aimait à choquer en bravant les non-dits, flirtant de trop nombreuses fois avec les interdits. Dans un pantalon qui laissait tout entrevoir de ses atouts masculins, il s’exhibait ainsi au bras d’Hélène, une femme mariée avec un industriel français et lasse d’ennui, qui avait publié sa poésie dans sa revue.

Sous la douce chaleur du Maghreb, il s’attachera les faveurs de Mouloud, son très jeune et miséreux amant à la peau mate à qui il donnera ses leçons particulières, mais deviendra également la victime consentante du tout aussi jeune Didier, à qui il enseigne à domicile, qui abusera de sa faiblesse et du secret très relatif de sa sexualité. A cause de ce dernier, il sera entraîné dans une affaire criminelle, qui le conduira plusieurs années derrière les barreaux.

Une fois libre, c’est dans une pension miteuse de Paris que notre cadavre en devenir goûtera de nouveau aux joies des backrooms et de la prostitution masculine auprès de jeunes arabes, d’abord, puis suivant l’évolution des flux migratoires, de tout aussi jeunes roumains ensuite. L’arrivée imprévue de celui qu’il comprendra être le fils de Mouloud et d’Hélène, ses deux anciens amants du Maroc, viendra perturber l’équilibre  précaire que son quotidien licencieux avait fini par lui procurer, jusqu’au drame que l’on connaît déjà.

Gilles Sebhan reste fidèle à ses habitudes d’écrivain avec Salamandre, et traite une fois encore des thèmes qui lui sont chers comme l’homosexualité, la violence, le crime, ou la paternité. Dans ce court mais intéressant récit qui se tient sur deux époques, il dresse le sulfureux portrait d’un homme entraîné dans des bas fonds où s’entremêlent violence et sexualité. Une lecture surprenante qui nous entraîne dans un milieu inconnu, qu’on finit par être ravi de ne pas fréquenter.

Salamandre, de Gilles Sebhan, est publié en janvier 2014 aux éditions Le Dilettante.

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Les passants de Lisbonne, Philippe Besson

Ma note :

Philippe Besson - Les Passants de LisbonneVous pourriez me trouver snob, mais je n’aime pas Noël. Les cadeaux, les réunions de famille, les repas interminables, ce n’est pas mon truc, c’est comme ça. Ne parlons même pas des festivités du nouvel an… Pourtant chaque année, le mois de décembre voit naître en moi une certaine impatience que la petite rentrée littéraire, la rentrée d’hiver comme on l’appelle parfois, vient récompenser avec la sortie en librairie du désormais traditionnel « nouveau Besson ».

Cette année, l’auteur nous emmène dans la chaleur humide des rues lisboètes. Dans un hôtel qu’on imagine luxurieux et à la fois baigné d’un certain cachet historique, un homme aborde une femme. Il ne sait pas trop expliquer pourquoi, peut-être parce qu’ils sont tous deux français, mais la voir chaque jour dans le patio de cet établissement, seule, lui donne envie de l’aborder.

Très vite, ces deux là scelleront un pacte tacite, celui de se raconter, de mettre des mots sur la tristesse dans laquelle ils sont drapés, sans espoir de se revoir, d’aller au delà de cet échange. Elle raconte la douleur, la souffrance et le vide qui l’habitent depuis qu’elle a perdu son mari lors du grand tremblement de terre qui a ravagé San Francisco, où il était entrain de travailler.

Il raconte ce vide qu’il tente de remplir de garçons éphémères depuis que son compagnon l’a quitté, ces soirées qu’il termine aux bras d’amants d’un soir, glanés dans les lieux festifs qu’offre la ville. Ils partagent cette triste solitude des êtres abandonnés par ceux qu’ils aiment, et sans en avoir conscience, parviendront tous deux à s’aider, à se soigner de cette envie d’exil, de solitude.

Ce livre est, à l’instar de tous les romans de Philippe Besson, un livre magnifique, à l’écriture ciselée : c’est un formidable roman sur le deuil. L’auteur parvient à mettre en mots les sentiments les plus variés de nos expériences humaines, que ce soit l’amour, la tristesse, la souffrance, le doute, l’apathie ou encore l’abandon. Ce roman ne fait pas défaut aux livres précédents, et tient toutes les promesses que la sourde fébrilité de l’attente avaient créées, en offrant un plaisir de lecture inégalé, que seule la plume de Besson sait faire naître. Vivement l’an prochain…

Les passants de Lisbonne, de Philippe Besson, est publié le 7 janvier 2016 aux éditions Julliard.

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Le bal des hommes, Gonzague Tosseri

Ma note :

Gonzague Tosseri - Le bal des hommesNous voilà dans le Paris des années 30, dans l’entre-deux-guerres. La France se remet encore avec douleur de la première guerre mondiale, les anciens combattants sont légions, et l’agent Blèche en fait parti. Cet ancien soldat affecté à « La Mondaine« , la brigade des moeurs de la Préfecture de Paris, passe la plupart de ses nuits à écumer les bas fonds parisiens.

Dans les pissotières, les ruelles sombres, les bordels et les hôtels sordides, entouré chaque nuit des relents d’opium et de foutre, il surveille les invertis, les pédérastes, les tantes. Doté d’une mémoire impressionnante, il enregistre toutes les informations que les pipelets et les différents indics lui fournissent contre sa clémence. Dans Paris, pas un secret sexuel sordide qui lui échappe, que cela concerne ces jeunes légionnaires qui arrondissent leur solde auprès de clients assoiffés de chair ferme, ou les ministres et diplomates qu’il surveille derrière des miroirs sans tain que les bordels ont installés pour la mondaine.

Avec son collègue, un vieil alcoolique, camarade de tranché, il sera chargé d’une enquête ne l’emballant guère : une panthère et un tigre ont été tués dans un zoo parisien en pleine nuit, et émasculés. Persuadés que les sexes des fauves seront utilisés à des fins aphrodisiaques par quelques homosexuels, ses chefs lui demandent de mener l’enquête.

Dans ce Paris peu reluisant, son enquête le mènera sur les traces d’un vieux camarade des tranchées qu’un de ses officiers d’alors avait choisi comme favori, mais également dans d’étranges camps qui semblent former une armée de combattants aux moeurs troubles…

Il faut reconnaître à ce premier roman de deux journalistes, Arnaud Gonzague et Olivier Tosseri, un sacré talent : celui de nous immerger dans une tranche historique de Paris, pas la plus agréable ni la plus connue. J’ai retrouvé, le temps de ce roman, l’ambiance de l’excellent Dans les archives secrètes de la police, de Bruno Fuligni. Le personnage principal, l’inspecteur Blèche, est un anti-héros, un taiseux qui devrait être un salaud mais auquel on s’attache. L’histoire est intéressante et originale, la plume maîtrisée et jamais ennuyeuse. A part la toute fin du roman, qui m’a un peu déçue, j’ai lu avec plaisir ce roman que j’espère être le premier d’une longue série.

Le bal des hommes, de Gonzague & Tosseri est publié en août 2014 aux éditions Robert Laffont.

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Nos bonheurs fragiles, Laurent Fialaix

Ma note :

Laurent Fialaix - Nos bonheurs fragilesIl m’est assez difficile de savoir par où commencer, et quoi dire, dans ce qui est une ébauche de critique de ce livre. J’y vois deux raisons assez simples, plus délicates que la traditionnelle angoisse de la page blanche.

Alors que je viens de tourner les dernières pages du roman de Laurent, je suis en proie à une sorte d’imbroglio émotionnel, qui d’un côté rend ma prose plus libre, mais de l’autre l’empêche de s’organiser afin d’avoir un sens. La seconde raison, qui pourrait finalement être aisément franchissable, est que je connais Laurent. Comme je lui disais lors d’une discussion à coeur ouvert sur mes premières impressions, alors que je venais d’en dévorer les premières pages, il est difficile d’être impartial dés lors qu’on connaît l’auteur d’un ouvrage à critiquer, surtout avec ce récit très personnel dont il serait très franchement difficile de dire du mal. Pas par retenue, mais par bon sens. Quel jugement critique peut-on porter sur une histoire vécue, à mille lieux de la fiction ?

Alors qu’en dire… ? Nos bonheurs fragiles est un roman qui n’en est pas un, ce serait plutôt un récit, un journal intime. Celui d’un homme qui, hanté par la mort de son compagnon, fait le maximum pour garder la tête hors de l’eau. Un récit construit à l’image des sentiments qui habitent l’auteur et qui finissent par se propager au lecteur : plein d’ambivalence et de contradictions, laissant apercevoir à quel point un drame peut laisser dévasté.

Il y a Laurent et son compagnon depuis six ans, un compagnon qu’il aime et qui pourtant l’épuise, dont il ne supporte plus les excès, l’alcoolisme, la violence, et cette envie de mort. Puis ce suicide, terrible, qui ouvre la voie du pire : la culpabilité. A laquelle vient s’opposer, parfois, la rancune : celle d’un vivant subissant les conséquences de la mort. Nos bonheurs fragiles est un récit profondément humain, où l’on assiste impuissant à la lente reconstruction d’un homme devant continuer à vivre malgré tout. Un livre difficile, mais que l’on sait thérapeutique pour son auteur.

Nos bonheurs fragiles, de Laurent Fialaix, est paru en août 2009 aux éditions Léo Scheer.

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Mes illusions donnent sur la cour, Sacha Sperling

Ma note :

Sacha Sperling - Mes illusions donnent sur la courEn période de rentrée littéraire, il est difficile de sortir du lot quand on publie son premier roman, et que la presse s’obstine dans les grandes largeurs à critiquer les titres des auteurs les plus attendus. Sacha Sperling, « fils de« , voit pourtant son premier roman publié chez Fayard à tout juste dix-huit ans.

Plongé dans ce qu’il convient aujourd’hui d’appeler la « jeunesse dorée » des beaux quartiers parisiens, le lecteur fera la connaissance de Sacha, un jeune adolescent d’à peine quatorze ans, étudiant en troisième dans un collège bien fréquenté.

Il rencontrera au hasard d’un voyage Augustin, un garçon de son collège un peu plus âgé que lui. Entre eux s’établira une complicité teintée d’admiration et de désir, qui deviendra plus qu’une simple amitié. Sacha est perdu, amoureux, sous l’emprise complète d’Augustin, et ne vit que lors de ses soirées en boîte où il découvre les filles, l’alcool et la cocaïne.

On pourrait voir dans ce roman « à l’américaine » une version tricolore d’un Bret Easton Ellis, où se mélangent les corps, les sexualités et les abus chez une jeunesse s’ennuyant de la vie, baignant dans le confort et l’argent de parents trop occupés à les négliger. Pourtant, j’y vois surtout l’histoire d’un adolescent éperdument amoureux d’un garçon mystérieux, sombre et sûr de lui, qui par amour se laisse emporter vers un monde qui ne lui convient pas, et finira par le détruire. Une histoire belle comme douloureuse, une plume qui sait transporter et émouvoir, et qu’on surveillera avec attention.

Mes illusions donnent sur la cour, de Sacha Sperling, est publié en août 2009 chez Fayard. Disponible en format poche depuis août 2011 au Livre de poche.

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Paradis amer, Tatamkhulu Afrika

Ma note :

Tatamkhulu Afrika - Paradis amerL’auteur vous est probablement inconnu, et ce fut également mon cas jusqu’à ce que je fasse sa connaissance par le biais de cette autobiographie écrite du temps de son vivant. Si l’écrivain sud-africain est mort il y a plus de dix ans, il nous a laissé en ultime héritage un magnifique roman d’amour : Paradis amer.

L’histoire débute aux prémisses de la seconde guerre mondiale, quand le narrateur, Tom Smith, part au combat en Afrique du nord puis est fait prisonnier. Dans les camps dans lesquels ils s’entasseront avec d’autres combattants de différentes nationalités, ils passeront des mains des alliés  italiens à celles de l’ennemi absolu, les soldats du Reich, et si la vie au camp est un supplice psychologique et physique, l’ambiance, les conditions de détentions, les visites de la Croix-Rouge, les activités autorisées rendent le quotidien moins insupportable que dans les camps de concentration. Et c’était sans compter sur les sentiments nés de la promiscuité…

Aussi improbable que cela puisse sembler, ces camps de prisonniers ont abrité des histoires d’amour entre hommes, des relations qui allaient plus loin que le simple plaisir mécanique que deux hommes coupés du monde extérieur peuvent s’offrir. Il y aura donc Douglas, cet anglais pot-de-colle dont l’auteur semble ne pas réussir à se défaire, et vis à vis duquel un sentiment ambivalent apparaît : bien qu’il ne supporte pas ses manières d’épouse, il appréciera cette amitié si forte qui parfois l’aura porté au delà des épreuves de l’emprisonnement.

Tout sera remis en question par l’arrivée de Danny, un jeune éphèbe sans manières, solitaire et assez sauvage pour offrir au narrateur une échappatoire à sa relation étouffante avec Douglas. Très vite, leur relation éveillera des questionnements inédits chez Tom, sur la nature exacte de ses sentiments, sur la réalité de son attirance, sur ce désir physique qui s’impose malgré la fragilité des corps.

Paradis amer est une histoire d’amour singulière, différente parce qu’homosexuelle sans vraiment l’être, unique parce que subordonnée a un moment précis, un moment très sombre de la vie de deux hommes. J’y ai trouvé la camaraderie et la tendresse des Amitiés Particulières de Peyrefitte, avec ce désir brûlant, cet incendie amoureux qui couve, que j’avais tant aimé dans Brokeback Moutain. L’auteur nous rappelle au crépuscule de sa vie que l’amour est beau parce qu’il transcende les questions d’étiquette, et qu’il réussi tel une petite graine à germer dans le cœur pourtant aride de deux hommes déportés dans les camps de prisonniers nazis. Un roman qui se dévore et qui nous consume, une très belle histoire à découvrir sans tarder.

Paradis amer, de Tatamkhulu Afrika est paru en 2002 en Afrique du Sud sous le titre « Bitter Eden », et publié aux Presses de la Cité le 3 septembre 2015 dans une traduction de Georges-Michel Sarotte.

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Miroitements, Erwin Mortier

Ma note :

CouvertureFayard publie pour cette édition 2015 de la rentrée littéraire le septième roman d’Erwin Mortier, un auteur belge flamand néerlandophone qui fêtera cette année ses 50 ans. Infirmier de formation, celui qui débuta sa carrière en psychiatrie se consacra par la suite à l’écriture de romans, de poèmes, d’essais historiques ou encore de chroniques pour un quotidien flamand progressiste, De Morgen.

Dans Miroitements, il retrouve l’époque de la première guerre mondiale, époque qui lui tient à coeur et dans laquelle il avait déjà plongé sa plume lors d’un précédent roman, Sommeil des dieux.

Edgard Demont est homosexuel, et se raconte sans pudeur dans ce récit en filigrane, où il est question de ses amants. Il y a Matthew, le mari britannique de sa soeur (la narratrice du Sommeil des dieux) avec qui il vit une histoire aussi belle que clandestine durant de nombreuses années, qu’il rencontra dans l’hôpital militaire où il fut soigné pour ses blessures lors de la première guerre.

Il y a Pierre également, un jeune homme qui reste à ses côtés comme un domestique, et qui troque son rôle de valet lorsque la nuit tombe pour se glisser sous les draps de son maître. Il y a le cousin Paul, il y a les garçons d’un soir, et ceux des gestes brusques dans l’intimité d’une ruelle. Et probablement ceux qu’Edgard ne raconte pas.

De ce récit de vie se dégage une grande mélancolie, l’histoire se raconte comme un bilan désabusé, des blessures restées ouvertes, des cicatrices qui défigurent. C’est un roman complexe et douloureux à la fois, mêlant une écriture parfois poétique aux passages grivois sans prévenir. Miroitements s’achève comme un pincement au coeur, se referme sur les illusions d’Edgard.

Je regrette néanmoins les très nombreux dialogues en anglais, et certains en allemand, qui ne sont traduits qu’en fin d’ouvrage plutôt qu’en note de bas de page, et qui saccadent la lecture si l’on n’est pas anglophone (on retrouvait ce procédé fastidieux dans Les Bienveillantes, de Jonathan Littell).

Miroitements, d’Erwin Mortier, est paru en Belgique en mars 2014 sous le titre « De spiegelingen », et publié le 26 août 2015 aux éditions Fayard dans une traduction (du néerlandais) de Marie Hooghe.

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