L'Homme Qui Lit

À propos des livres

Catégorie : Essai

Positif, Camille Genton

Ma note :

Camille Genton - PositifJ’ai eu la drôle d’idée de lire ce récit alors que j’étais moi-même en attente de mes résultats de dépistage de différentes IST, effectué quelques jours plus tôt dans le centre d’information et de dépistage d’un établissement de santé à côté de chez moi. C’est une période toujours délicate, on se rassure comme on peut en imaginant, un peu anxieux, la possibilité du pire.

Camille Genton, visage angélique de 32 ans, est un jeune entrepreneur parisien que les spécialistes qualifient volontiers d’entrepreneur à succès. A 25 ans, celui qui résume son mode de vie du moment en parlant de « Gentonnerie » pour les « excès en tout genre du mec qui ne sait pas s’arrêter, veut toujours aller plus loin » , et qui est sur le point d’ouvrir son premier restaurant, tombe amoureux d’un garçon.

Entre eux, c’est aussi simple qu’évident, et deux semaines après leur coup de foudre, Marc-Antoine s’installe chez Camille « tout naturellement » . Parce qu’on s’aime, on va se faire dépister, le cœur léger, sans y penser. Et c’est là, dans ce laboratoire aux improbables employés, que le diagnostique sera posé : il est séropositif.

Commence alors une période difficile, celle de l’acceptation de la maladie, un moment où il faut trouver le médecin avec qui l’on se sent en confiance pour débuter le suivi de cette maladie chronique. Paradoxalement, le combat le plus difficile pour Camille ne sera pas de sauver son couple, qui perdure aujourd’hui encore, mais de faire face à ce qu’il appelle à juste raison « la double peine » , celle d’être malade et d’être considéré comme incapable.

Ma maladie m’a obligé à retrouver le goût des choses simples. J’apprécie la normalité autrefois tant redoutée.

De son combat et de ses nécessaires mensonges, notamment aux banques, afin d’obtenir les prêts nécessaires à son activité d’entrepreneur, Camille s’est inspiré pour écrire un récit résolument positif. Jamais larmoyant, ne cherchant aucune excuse ou aucune compassion, il expose sa vie de jeune homme actif et malade dans un superbe témoignage. En septembre, il a lancé avec l’appui de nombreuses personnalités le manifeste « Nous sommes tous positif.ve.s » afin de dénoncer les discriminations dont sont victimes les personnes séropositives et de réclamer un droit à l’oubli. Plus d’informations sur les articles du Parisien ou de FranceInfo.

J’ai terminé Positif le jour où je suis allé chercher mes résultats au centre d’information et de dépistage, un peu moins anxieux, et avec moins d’aprioris. Et Camille de conclure : « même si les molécules que j’ai dans le sang ne m’autorisent plus à être le même, je viens d’avoir trente et un ans, je suis atteinte du VIH et tout va bien, merci » .

Positif, de Camille Genton, est publié le 6 septembre 2017 aux éditions JC Lattès.

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Quand le souffle rejoint le ciel, Paul Kalanithi

Ma note :

Paul Kalanithi - Quand le souffle rejoint le cielRegarder la mort en face pour garder la tête haute face à l’ultime injustice d’une vie écourtée n’est pas à la portée de toutes les personnes malades, mais c’est pourtant l’admirable leçon que l’on peut tirer de la lecture de ce livre posthume ô combien déchirant. Paul Kalanithi se découvre malade alors qu’il est interne en neurochirurgie, une spécialité difficile dans laquelle il excelle, et qui lui réserve sans nul doute une brillante carrière. Quand il consulte une consœur avec son épouse Lucy, également médecin, pour sa perte de poids et ses douleurs dorsales qui le font souffrir le martyr, il ne se fait guère d’illusion sur le résultat des examens.

Atteint d’un cancer pulmonaire ayant déjà tissé sa toile mortelle sur de nombreux autres organes, Paul voit sa vie basculer à 36 ans. Il passe alors du statut de chirurgien prometteur à celui de patient, et se retrouve « de l’autre côté » , derrière la barrière invisible que tout soignant redoute de franchir un jour.

Entouré de sa femme, qu’il a rencontré en faculté de médecine, de son père, lui-même cardiologue, ainsi que du reste de sa famille, il débutera un premier traitement. Son cancer un temps stabilisé, et après un peu de rééducation, il retournera au bloc opératoire pour prendre en charge quelques patients, avec un rythme de travail allégé.

Le couple décide alors de s’organiser pour donner la vie, et quelques mois plus tard, les voilà heureux parents d’une petite Cady, rayon de soleil dans un ciel bien sombre. Malheureusement, très rapidement, la santé de Paul se dégrade, et l’écriture même de son livre devient difficile.

Il mourra entouré de ses proches le 9 mars 2015, en ayant choisi de partir sans souffrance ni acharnement. Son livre, resté inachevé, est terminé par sa femme Lucy, qui rédige un émouvant épilogue à la mémoire de celui qu’elle aura aimé et accompagné jusqu’aux derniers instants. Un récit intime et émouvant, d’une éprouvante lucidité, qui rappelle que ceux qui vont mourir nous donnent toujours les plus belles leçons de vie.

Pour en savoir plus sur Paul Kalanithi, voir quelques vidéos de lui et de ses proches pendant la rédaction de ce livre-testament, vous pouvez aller sur son site.

Quand le souffle rejoint le ciel, de Paul Kalanithi, est publié aux États-Unis sous le titre « When Breath Becomes Air » en janvier 2016. Il paraît en France le 15 février 2017 aux éditions JC Lattès dans une traduction de Cécile Fruteau.

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De la joie d’être bordélique, Jennifer McCartney

Ma note :

Jennifer McCartney - De la joie d'être bordéliqueVous êtes peut-être passée à côté du phénomène 2016-2017 du développement personnel pour adulte sans personnalité (ça permet au moins de tourner la page du coloriage régressif), mais la méthode KonMari fait des émules partout dans le monde. C’est une idée saugrenue développée par Marie Kondo, une essayiste japonaise, qui vise à vivre entourée de vide, en passant par d’étranges rituels avec ses objets, afin de savoir s’ils nécessitent de rester dans votre vie, ou si vous pouvez leur dire adieu. Bref, c’est la débilité du moment, et comme tout ce qui est débile, ça cartonne !

Si vous êtes un adulte épanoui dans son bordel, comme moi, vous allez pouvoir compter sur une lecture réconfortante, celle de Jennifer McCartney, qui après s’être essayée à la méthode KonMari avec ses amis, a vraiment trouvé ça idiot et a préféré laisser s’exprimer son besoin naturel pour le bordel, que de toute façon elle n’avait réussi à chasser qu’une semaine…

Dans un court bouquin qu’on dévore en une bonne heure, et qu’on pourrait lire comme un anti-blog maison, l’auteur nous rassure : oui, il est normal de vivre dans le bordel, et non, notre intérieur n’est pas censé être aseptisé, prêt à être pris en photo sur Instagram ou Pinterest.

Si elle cite pour l’anecdote une étude scientifique publiée dans Psychological Science (l’article en PDF) qui a démontré qu’un environnement bordélique permettait une meilleure créativité, quand un environnement organisé renvoyait les gens vers la tradition et la convention, elle s’amuse surtout à démonter cette manie nouvelle pour le rangement et le style épuré à coup d’arguments aussi fantaisistes qu’hilarants, comme le fait qu’Einstein était un génie bordélique, alors que Ted Bundy ou Mussolini étaient des maniaques du rangement…

Un bouquin au ton poilant qui désacralise l’obsession de l’ordre et du rangement, que vous pourrez toujours offrir autour de vous aux MAE (Mortellement Accros à l’Élimination) ou laisser traîner n’importe où dans votre appartement, au choix.

De la joie d’être bordélique, de Jennifer McCartney, est publié aux États-Unis en mai 2016 sous le titre « The Joy of Leaving Your Sh*t All Over the Place » . Il est publié en France le 15 février 2017 aux éditions Mazarine, dans une traduction d’Alexandra Maillard.

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Ayez les bons réflexes, Dr Gérald Kierzek

Ma note :

Dr Gérald Kierzek - Ayez les bons réflexes« La peur n’évite pas le danger, mais de bons réflexes en limitent les conséquences » . Cette citation résume à elle seule l’esprit de ce guide pratique, publié un an après les attentats de novembre 2015 qui plongèrent une partie de la France dans la sidération, avec en suspens une interrogation : saurais-je y faire face, si j’y étais confronté ?

Depuis, les français rechignent un peu moins à se prendre par la main pour se faire former aux gestes de premiers secours auprès des associations agréées, une logique citoyenne pour laquelle nous sommes parmi les plus mauvais élèves d’Europe. Dans cet ouvrage, le docteur Kierzek, médecin urgentiste à l’Hôtel-Dieu de Paris, nous rappelle cette nécessaire culture du risque, et loin d’effrayer, apporte des réponses à ces situations devenues plus concrètes pour beaucoup d’entre nous.

Abordant les diverses situations de risque collectifs liés aux catastrophes naturelles (les bons réflexes en cas d’orage, de tempête, d’inondation, d’incendie, de condition climatique extrême, de séïsme), aux incidents technologiques (les risques nucléaires) ou liés aux attentats, le livre est enrichi de 25 fiches réflexes qui nous donneront quelques pistes pour anticiper au mieux ces situations par nature exceptionnelles.

Une lecture paradoxalement rassurante, qui permet de se sensibiliser sans créer de psychose, qui nous rappelle qu’il reste nécessaire de se faire former aux gestes qui sauvent. Et rassurez-vous, ce livre est écrit pour le grand public et donc parfaitement accessible sans connaissances médicales ou secouristes.

Ayez les bons réflexes, du Docteur Gérald Kierzek, est publié le 2 novembre 2016 aux éditions Fayard.

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« Un président ne devrait pas dire ça… », Gérard Davet et Fabrice Lhomme

Ma note :

Davet et Lhomme - Un président ne devrait pas dire ça...Il en aura fait couler de l’encre, cet ouvrage ! Dés la parution des bonnes pages dans divers hebdomadaires et quotidiens, puis ensuite à sa sortie en librairie, ce livre eu un effet retentissant dans la presse – et dans les discussions – , comme de l’huile versée sur un feu déjà difficile à circonscrire, celui de la désaffection grandissante des français pour François Hollande.

Je le dis en préambule, j’ai attaqué la lecture de ce pavé de plus de 650 pages sans aucun esprit partisan, car je ne milite dans aucun parti, et que faisant fi de l’hystérie désormais collective qui touche le peuple dés lors que l’on parle de politique, j’ai gardé la tête sur les épaules en lisant cet essai, ce formidable témoignage, rédigé par deux journalistes. Je suis un électeur ayant échappé à la radicalisation politique, qu’on se le dise.

Quelques semaines avant l’élection présidentielle de mai 2012, Gérard Davet et Fabrice Lhomme ont proposé au candidat Hollande de le suivre dans son parcours et, s’il était élu, d’écrire sur les 100 premiers jours de son mandat. L’élection passée, un accord fut trouvé afin que les journalistes puissent poursuivre leurs rencontres mensuelles avec le président pendant cinq ans, jusqu’à l’été 2016, quelques mois avant la fin du mandat auquel il fut élu.

Ce livre est donc le fruit de leurs rencontres, officielles, qu’elles aient eu lieu dans son bureau à l’Élysée, dans l’un des salons du palais présidentiel, ou autour d’un apéritif dinatoire dans l’appartement de l’un des journalistes. Tout fut enregistré, tout fut abordé, sans crainte ni tabou. De ces soixante-et-un entretiens, les deux journalistes tirent un travail dans l’ensemble passionnant, non retouché par l’intéressé, aux thématiques regroupées dans plusieurs grands chapitres, tels que « L’homme » , « La Méthode » , « Les Affaires » , …

Lui, président, l’un des plus intègres que la France ait connus, l’un des moins obsédés par le pouvoir et ses attraits, aussi, n’aura sans doute pas été le catastrophique chef d’État si souvent dépeint.

Président impopulaire, François Hollande ne fût pas pour autant inactif pendant son mandat, et s’il reconnaît quelques mauvais choix, ou des orientations gouvernementales sur lesquelles il aura mal communiqué, il porte la nostalgie d’une présidence qui ne lui accorda aucune mémoire de ses bonnes réformes, des crises qu’il a su gérer, ou du rôle qu’il pu avoir dans la diplomatie internationale. Les auteurs évoquent « cette étrange fatalité qui colle aux basques du président : rien n’est porté à son crédit, même quand tout paraît, au moins sur le fond, pouvoir militer en son sens » .

Les auteurs résumeront à propos de l’actuel locataire de l’Élysée, qu’il « est plus un gestionnaire qu’un visionnaire. Un technocrate d’élite, pur produit de la méritocratie républicaine, doublé d’un homme raisonnable, souvent calculateur, dont la vie n’aura pas vraiment été traversée par le souffle de l’épopée… » .

Un essai épais mais passionnant, qui m’a permis de découvrir un homme discret, un président qui aura tenu la barre malgré les querelles au sein de ses gouvernements, malgré les quolibets, malgré les affaires dans son entourage politique, malgré une vie amoureuse exposée dans la presse à scandale, malgré un bilan qu’il aurait souhaité plus favorable, et qui aura tenu la plus belle promesse qu’il avait faite aux français : rester quoiqu’il advienne un président normal.

« Un président ne devrait pas dire ça… » de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, est publié aux éditions Stock le 12 octobre 2016. Il est également disponible au format de poche aux éditions Points depuis le 2 mars 2017.

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Allez tous vous faire enculer, Mathieu Madénian

Ma note :

Mathieu Madenian - Allez tous vous faire enculerJe dois bien vous avouer que ce n’est pas le genre de bouquin sur lequel je me serai penché chez mon libraire, et que si je n’avais pas été frappé par ce titre au marketing bien senti, je ne l’aurai pas sollicité auprès de l’éditeur. D’autant plus que l’auteur m’est totalement inconnu, ne regardant pas la télé et n’écoutant rien d’autre que des radios musicales…

Allez vous faire enculer, un joli livre en apparence très sobre, sous-titré sur le bandeau « plus qu’un livre, un cri« , est une compilation de petites phrases piquantes à destination de la vie, des cons, des hommes politiques, de Michel Drucker, des parents de jeunes enfants, de tout ce – et de tous ceux – qui nous pourrit le quotidien depuis toujours.

Puisqu’il n’y a pas grand chose à résumer sur ce bouquin, aussi je vais vous offrir quelques-unes des phrases qui m’ont fait le plus sourire, parce que j’ai souvent pensé exactement comme l’auteur, ou parce que j’étais la cible de son ire…

  • Les filles qui te disent que leur rêve c’est de trouver le grand amour, alors que leur rêve c’est de trouver un moyen de se gaver de chocolat sans prendre un gramme.
  • Les gens qui secouent leur serviette de plage sans utiliser d’anémomètre avant.
  • Les enfants qui pleurent dans le TGV. Les enfants qui pleurent dans l’avion. Les enfants qui pleurent. Les enfants en général…
  • Les organisateurs du concours Miss France qui n’osent pas le baptiser « concours Miss Animatrice NRJ 12« .
  • Le premier gars qui a goûté à un chou de Bruxelles et qui a dit que c’était comestible.
  • Les flics qui t’arrêtent et qui te demandent « Vous savez pourquoi je vous arrête ?« . Évidemment, je sais, je me doute bien que c’est pas pour gagner la valise RTL…
  • Les gens qui sont contre le mariage pour les homosexuels, alors que, manifestement, ce n’est pas avec eux que les homosexuels veulent se marier.
  • Les gens qui ont décidé que, pour donner leur sang, les homosexuels ne devaient pas avoir eu de relations sexuelles depuis moins d’un an. Il n’y aura donc que du sang de moches.
  • Les gens à qui tu montres une photo sur ton portable et qui font défiler celles d’avant ou d’après machinalement.
  • Les facteurs qui préfèrent te laisser un avis de passage plutôt que de vérifier si, par hasard, tu ne serais pas chez toi.
  • Les hôtesses de l’air qui vous font comprendre du regard que votre place est à l’arrière tandis que vous traversez la business class avec envie.

Le livre regorge de petites phrases, assez inégales, mais souvent amusantes. Un livre très vite lu, plutôt fait pour traîner aux WC ou sur une table de chevet, pour lire quelques « cris » à la fois.

Allez tous vous faire enculer, par Mathieu Madénian, avec la collaboration de Christelle Parlanti et de Stépahen Ribeiro, est publié le 10 janvier 2017 aux éditions First.

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Enfants de nazis, Tania Crasnianski

Ma note :

Tania Crasnianski - Enfants de nazisLa période de l’histoire entourant la seconde guerre mondiale est intriguante à bien des égards, et ma curiosité et mon besoin d’essayer de comprendre la survenue du pire me pousse régulièrement à lire des essais historiques, rédigés comme de véritables enquêtes. C’est sur la descendance de certains des pires nazis que s’est penchée Tania Crasnianski dans ce récit glaçant et troublant à la fois.

Leurs noms sonnent souvent comme les pires passages de notre histoire récente, celle du nazisme, des crimes de guerre, de l’abandon de l’humanité au profit de la barbarie, de la haine, d’une folie inqualifiable. Pourtant, Himmler, Mendele, Göring, Bormann, Speer et les autres furent des parents ordinaires, voire de bons parents, aimants, pour certains.

Comment ces hommes voués à la défense de l’état nazi et de la solution finale, pouvaient-ils faire exécuter des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants dans les camps de concentration la journée, et rentrer chez eux le soir, jouer avec leurs enfants ? Quelle part de dualité existait-il dans l’esprit de ces hommes sans pitié, qui pourtant aimaient éperdument leurs enfants ?

C’est à cette étrange dichotomie que s’est intéressée Tania Crasnianski, avocate pénaliste aux origines variées, dans cet essai dédié aux enfants de nazis. Qu’est devenue la descendance de ces hommes, condamnés pour la plupart lors des procès de Nuremberg ? Certains suivront les pas de leurs parents, perpétuant une tradition extrémiste, frôlant avec le négationnisme. D’autres prendront des chemins radicalement opposés, changeront de nom, se convertiront au judaïsme, se feront stériliser pour éviter toute descendance, comme si la folie de l’homme n’était qu’une maladie transmissible. Un essai aussi complet qu’étonnant, richement documenté et passionnant à lire.

Enfants de nazis, de Tania Crasnianski, est publié le 9 mars 2016 aux éditions Grasset.

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Regarde les lumières mon amour, Annie Ernaux

Ma note :

Annie Ernaux - Regarde les lumières mon amourNos sociétés occidentales, fortes de leurs richesses, ont érigé de véritables temples pour célébrer leur amour de la consommation : les supermarchés. Dans ce petit livre, première publication de la collection Raconter la vie (filiale des éditions du Seuil), Annie Ernaux raconte sous une forme originale, à mi-chemin entre le journal intime et le carnet de voyage, ses expéditions hebdomadaires dans son hypermarché Auchan du centre commercial des Trois Fontaines à Cergy, en banlieue parisienne.

L’apprentie sociologue s’interroge sur ce que l’on voit nous aussi lorsque nous faisons nos courses, mais avec un regard curieux, parfois critique, souvent amusé. Aussi, dans ces grandes églises du bien à consommer, égratigne-t-elle l’agencement du magasin, qui cache à côté du rayon dédié aux animaux de compagnie, celui du discount, qui sépare ceux ayant du pouvoir d’achat de ceux qui n’en ont pas assez.

Ces grandes surfaces vivent à une allure effrenée, le client doit aller vite, ne pas traîner dans les rayons, rien ne doit ralentir sa course. Aussi est-on amusé lorsqu’elle nous parle du rituel du passage en caisse : quelle caisse semble avancer, cette caissière est-elle assez rapide, va-t-elle me faire perdre une minute ? Va-t-on me juger parce que j’ai mis tel ou tel article sur mon tapis, va-t-on me cataloguer, me classer dans telle ou telle caste ? Quid de ces caisses automatiques, où le client est seul face à la machine, perdant le dernier contact humain qui lui restait dans cet univers dédié au bonheur d’acheter ?

Suivre Annie Ernaux au fil des pages et de ses réflexions est délicieux et salvateur, on s’interroge avec elle sur notre dépendance à ces hypermarchés et sur nos comportements lorsque nous y sommes. Pari réussi pour cette belle collection pleine d’humanité qui veut « contribuer à rendre plus lisible la société d’aujourd’hui et à aider les individus qui la composent à s’insérer dans une histoire collective« .

Regarde les lumières mon amour, d’Annie Ernaux est publié le 27 mars 2014 dans la collection Raconter la vie aux éditions du Seuil.

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