L'Homme Qui Lit

À propos des livres

Auteur : Brice (Page 1 sur 13)

Cortex, Ann Scott

Ma note :

Ann Scott - CortexL’Amérique et le monde entier sont sous le choc depuis que le Dolby Theatre à Los Angeles fut soufflé par une explosion en pleine cérémonie des Oscars. A l’intérieur, l’élite du cinéma international, autant d’acteurs que de réalisateurs, de producteurs, de membres de l’Académie ou de petites mains du septième art, soit plus de trois mille personnes, sont potentiellement mortes ou gravement blessées.

Dans la stupeur qui suit cet improbable attentat, où chacun se sent meurtri car connaît telle actrice ou tel réalisateur, trois personnages divaguent, portés par une sorte de déambulation irréelle.

Russ est un vieux réalisateur californien dont la femme, Susan, en phase terminale d’un cancer auquel elle n’aurait pas survécu, vient de se suicider. Dans les différentes régies qui entourent la cérémonie, il coordonne une dernière fois la retransmission des Oscars, avant de tirer sa révérence.

Burt Levine est un humoriste de New-York connu pour ses vidéos satiriques où il apparaît portant le masque d’une célébrité, entrain d’imiter sa voix. Sa dernière vidéo en ligne le montre sur le tapis rouge, grimé en Tom Hanks, entrain de s’auto-interviewer avec son téléphone, afin de critiquer la cérémonie et les fastueuses dépenses qu’elle entraîne, et de s’interroger sur le fait que personne n’ait encore songé à faire d’attentat contre cette décadence.

Enfin, Angie est une jeune réalisatrice française qui va bientôt se lancer dans un gros projet qu’elle porte depuis un moment. A la cérémonie, elle vient avec Jeff, avec qui elle recouche de nouveau depuis deux jours après l’avoir croisé par hasard aux États-Unis, lui qui réalise des bandes-son pour le cinéma.

Ces trois personnages vont se retrouver à graviter dans un Los Angeles frappé en plein cœur, attaqué dans l’un de ses évènements les plus emblématiques. Chacun d’eux aura des préoccupations différentes qui pourtant, les amèneront à faire se croiser leurs chemins. Dans cette ambiance hébétée, Ann Scott dépeint le portrait d’une Amérique meurtrie mais résiliente : un roman intéressant à la plume maîtrisée mais comportant malgré tout quelques longueurs dans le récit.

Cortex, d’Ann Scott, est publié aux éditions Stock le 3 mai 2017.

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Ilya Kalinine, Nathalie Hug et Jérôme Camut

Ma note :

Nathalie Hug & Jérôme Camut - Ilya KalinineQuand deux écrivains se rencontrent et se mettent à écrire à quatre mains, cela donne en général des romans bien ficelés, mais on peut également observer dans de rares cas la naissance d’une histoire d’amour qui conduit les deux auteurs à se marier. Cette anecdote mise à part, le couple d’écrivains a fait un carton avec sa trilogie W3 parue aux éditions Télémaque et disponible depuis au format poche au Livre de Poche, et offre aux lecteurs une préquelle à sa trilogie, explorant les origines du tueur Ilya Kalinine.

Le roman  se veut le témoignage de Vera Obolanski, mère aimante d’un enfant ordinaire ayant plongé trop tôt dans ce que le monde avait de plus sombre à offrir pour espérer s’en sortir sans séquelles. Jumeaux nés d’un amour de passage, Ilya et sa sœur Tania sont condamnés à grandir dans la sordide misère de l’orphelinat de Kaliningrad par cette Russie qui les considère comme enfants illégaux.

Face aux épreuves de la vie, à la cupidité des adultes, à la lubricité des hommes, à la duplicité d’un orphelinat censé assurer leur sécurité, Ilya n’aura pas d’autre choix que de fuir avec sa sœur pour échapper aux prédateurs. C’est une histoire qui, très tôt, s’inscrit irrémédiablement dans la violence. La suite, c’est la fuite et la survie, les coups durs et les victoires, puis enfin l’espoir d’une vie tranquille. Quand sa sœur sera kidnappée afin d’alimenter un réseau de prostitution en Europe, s’en est trop pour Ilya, et un déferlement de violence s’abat alors sur ceux qui lui ont pris sa sœur. Un atout macabre qui n’échappera pas à l’œil intéressé des services de renseignement français…

Je n’ai pas encore lu la saga W3, qui trône pourtant dans une de mes étagères de livres de poche, mais j’ai adoré cette première lecture, et j’ai désormais hâte de me plonger dans les trois pavés dont on m’a toujours dit le plus grand bien. Pour les fans, sachez que les deux auteurs publient leur prochain roman Islanova le 12 octobre aux éditions Fleuve Noir.

Ilya Kalinine, de Nathalie Hug et Jérôme Camut, est publié le 3 mai 2017 aux éditions Le livre de Poche.

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Les souliers vernis rouges, Stella Vretou

Ma note :

Stella Vretou - Les souliers vernis rougesLes sagas familiales m’enchantent, c’est un genre de roman dans lequel je me retrouve, pas tant pour les histoires de familles, les secrets, les cicatrices qu’un geste ou une parole peuvent laisser dans la vie d’une famille, mais parce que ce sont des romans qui me donnent l’impression de durer des décennies, et qu’en les lisant je traverse les siècles, les océans, et que je vis plusieurs romans en un seul.

Les souliers vernis rouges suit la vie tumultueuse de la famille Xénopoulous à travers les siècles, à compter du départ de l’île grecque de Zakynthos des deux frères Dionysis et Yagos, en 1870. Les deux cordonniers partiront pour Constantinople (l’actuelle Istanbul) puis Odessa, afin de monter leur commerce de chaussures, qui deviendra une affaire florissante.

Le reste de roman sera fait de mariages, d’amours intenses, de tromperies, d’enfants cachés, de drames, de jours heureux, de bonheur tranquille, de déceptions et de regrets. C’est une vie de famille riche et pleine de rebondissements que nous offre la descendance de Yagos, et chaque génération vivra à sa façon les évènements de l’Histoire et de son histoire.

J’ai aimé tout particulièrement le premier tiers du romans, qui m’a fait voyager dans le temps et m’a littéralement transporté dans l’Empire Ottoman. J’avais l’impression de marcher dans les ruelles de Constantinople, de profiter des odeurs de ses marchés, de vivre aux côtés des personnages. La suite m’a parfois un peu déçu dans la forme du récit, l’auteur faisant le choix surprenant d’un rythme narratif inconstant, où elle peut décrire une rencontre autour d’un thé en cinq pages, puis ensuite nous dire en cinq lignes qu’ils se marièrent, eurent trois enfants, et qu’ils ont désormais chacun une dizaine d’année.

Une lecture agréable mais inégale, que je conseille malgré tout aux amateurs de sagas familiales.

Les souliers vernis rouges, de Stella Vretou, est publié en Grèce en 2014. Il paraît le 20 avril 2017 aux éditions Les Escales dans une traduction d’Anne-Laure Brisac.

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Stockholm Delete, Jens Lapidus

Ma note :

Jens Lapidus - Stockholm DeleteJens Lapidus est un auteur discret et trop peu connu en France malgré l’adaptation au cinéma des deux premiers tomes de sa trilogie Stockholm noir, parue chez Plon entre 2008 et 2013 pour les traductions françaises. Pour cet avocat suédois dans la quarantaine, habitué à baigner dans le milieu des grands criminels, c’est un retour dans l’univers sombre des réseaux mafieux qui s’opère avec ce quatrième roman.

Dans une maison isolée d’une petite île à l’écart de la ville, un crime a été commis. L’agent de sécurité dépêché sur place pour répondre à une alarme ne peut que constater le décès d’une victime tellement amochée qu’il ne sera pas possible de l’identifier. A proximité immédiate de la résidence, il trouvera une personne dans le coma à bord d’un véhicule, et rapidement les soupçons de la police se porteront sur cet homme qui n’est pas décidé à coopérer.

Il ne demande qu’une chose : Emelie Jansson. Pour cette jeune avocate bien en vue dans son cabinet d’affaires, accepter de prendre la défense d’un dossier pénal ne sera pas sans risque pour sa carrière, ses associés ne voyant pas d’un bon œil cette activité risquée et chronophage qui peut ternir l’image du cabinet.

Flanquée de Teddy, un ancien détenu ayant purgé sa peine et travaillant désormais comme enquêteur et homme à tout faire du cabinet, elle devra essayer de comprendre les tenants et aboutissants d’une affaire qui ne sera pas sans surprise. Celui ci devra affronter son passé et l’homme qu’il a kidnappé des années plus tôt afin de permettre à l’enquête d’avancer, en plus de devoir s’occuper de son neveu qui glisse dans la délinquance et qu’il espère pouvoir remettre sur le droit chemin.

Malgré un potentiel plutôt sympa, je n’ai pas réussi à accrocher avec ce roman qui m’a demandé beaucoup trop de semaines de lecture sans passion afin d’en venir à bout. Le souvenir sombre de l’immersion dans le milieu mafieux de la précédente saga n’est pas retrouvé dans ce roman qui manque un peu de noirceur, et reste souvent trop technique, comme un mauvais Grisham. Dommage.

Stockholm Delete, de Jens Lapidus, est publié en Suède le 7 octobre 2015 sous le titre « STHLM Delete ». Il paraît aux États-Unis le 18 avril 2017 aux éditions Vintage Books de Penguin Random House.

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La vie serait simple à Manneville, Pierre Cochez

Ma note :

Pierre Cochez - La vie serait simple à MannevilleManneville, c’est une maison de famille en Normandie, un refuge à quelques heures de Paris qui accueille les souvenirs heureux de Bruce, ceux d’étés passés avec ses sœurs, ses cousins et ses parents. Manneville, où la vie serait évidemment plus simple tant le quotidien y est si doux, fait de détente et de fous rires, comme coupé d’un monde où tout est plus compliqué, plus sombre et plus fragile.

C’est l’été, et Bruce est en plein deuil de cet ami fauché par une voiture, cet ami avec qui il aura connu les premiers émois, ceux bercés par la candeur de la découverte, quand les caresses et le désir ne compliquent encore rien, n’appellent ni tabou ni vie cachée. C’est l’été, et malgré la tristesse et l’insouciance, Bruce se prépare à quitter Manneville pour l’Angleterre, où ses études le conduiront à Oxford.

Il y fera la rencontre d’Alexander, un grand roux à la veste en tweed respecté pour ses talents sportifs, dans les bras duquel il oubliera ses premiers amours que la vie a contrarié. Alexander, l’ami féringien qui sera accepté par tous, sans que la proximité entre les deux garçons ne soulève de questions, même à Manneville où il est évidemment convié lors des vacances scolaires.

J’ai rencontré l’homme frère, ami, amant. Je l’ai choisi et il m’a choisi.

Pourtant, l’histoire entre Alex et Bruce est impossible, le premier ayant choisi de ne pas affronter le rejet et la vie dans la marge, pour tenter malgré son inclinaison naturelle, d’aller voir ce que l’autre camp peut lui offrir. L’espoir d’une vie normale, d’une vie plus simple, surtout. Bruce va alors profiter de son travail de journaliste pour s’exiler loin d’une histoire dont il n’arrivera pourtant pas à tourner la page. Des Féroé au Mozambique en passant par le Salvador, il parcourt le monde pour l’AFP en tentant, quand l’occasion se présente, d’oublier le bel Alexander dans les bras de garçons d’un soir.

Je marchais le long des arbres, pour me coucher les bras en croix en regardant la nuit. Comme avant cette histoire évaporée. J’étais ridicule ou mort, au choix. Mon ventre se serrait. J’étais seul et ce n’était pas juste.

Cette histoire d’amour bancale est également le témoin, dans les années 80, de l’arrivée de cette maladie terrible qui emportera une flopée de jeunes homosexuels avec elle. Comme si la vie n’était pas déjà assez compliquée des amours contrariés, il aura fallu que la nature s’en mêle. Pierre Cochez signe là un roman tout en mélancolie, à l’écriture doucement poétique, dans lequel il laisse un peu de lui-même avec ce jeune journaliste ayant parcouru le monde. Un roman plein de tendresse dans lequel je me suis laissé bercer sans ennui.

La vie serait simple à Manneville, de Pierre Cochez, est publié le 13 avril 2017 aux éditions Les Escales.

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La Veuve noire, Daniel Silva

Ma note :

Daniel Silva - La Veuve noireLe terrorisme islamique est une réalité que nul ne pourrait nier, pas même un président étranger sceptique de tout et fervent utilisateur de « faits alternatifs » . L’Europe en général, mais surtout la France, est la cible régulière d’attaques d’ampleurs variées, visant toutes à instaurer la même panique, la même crainte. Daniel Silva, qui est envoyé spécial pour la chaîne américaine CNN et réside en Floride avec sa famille, précise dans un préambule fort utile que La Veuve noire a été en partie écrit avant les terribles attentats de novembre 2015, et que la triste concordance entre son récit de fiction et les évènements qui se sont produits sur le sol français par la suite ont été de nature à l’interroger sur la poursuite ou la modification de son travail d’écriture.

A Paris, dans la célèbre rue des Rosiers, le centre spécialisé dans la recherche sur l’antisémitisme en France, dirigé par Hannah Weinberg, est la cible d’une attaque terroriste sans précédent : une bombe de plus de cinq cent kilos souffle la rue et plusieurs immeubles environnants, tandis que la déflagration plonge la capitale dans la sidération. Le silence de mort qui suit immédiatement l’explosion laisse rapidement place aux bruits saccadés des coups de feu tirés par le commando terroriste qui abat méthodiquement les derniers et rares survivants du carnage, dont Hannah Weinberg.

En Israël, Gabriel Allon apprend la nouvelle alors qu’il est en pleine restauration d’un chef d’œuvre dans un musée. L’espion, qui doit reprendre dans les jours qui viennent la direction des services de renseignements de l’état hébreu, est touché, d’autant plus que Weinberg était son amie. Le premier ministre lui confie alors la mission de collaborer avec les français afin de retrouver Saladin, énigmatique leader qui est à l’origine des attentats.

Avec ses collègues du Bureau, il décide que la meilleure façon de faire tomber Saladin est d’infiltrer Daesh avec un de ses agents. Ce sera Natalie, une jeune médecin urgentiste de Jérusalem, française d’origine, qui sera approchée par Gabriel et son équipe. Pour infiltrer le groupe terroriste, elle va devoir devenir Leila, une médecin française d’origine palestinienne, veuve d’un combattant du califat, bien décidée à prendre sa revanche contre les juifs…

Terriblement ancré dans la réalité mondiale, La Veuve noire est l’implacable récit d’une lutte à armes inégales entre les services de renseignements du monde entier, désireux de protéger leurs démocraties en évitant les attentats, et les terroristes de Saladin, bien décidés à plonger le monde dans le chaos afin d’étendre les frontières du califat. J’ai dévoré ce livre, suivi avec passion la transformation de Natalie en Leila, vécu l’infiltration et les évènements qui suivent comme si j’étais moi-même au cœur de l’action. Le livre est haletant malgré la morbidité évidente du sujet, et c’est écrit avec une main de maître. Coup de cœur dans la catégorie « roman d’espionnage » !

La Veuve noire, de Daniel Silva, est publié aux États-Unis en juillet 2016 sous le titre « The Black Widow » . Il est publié en France le 5 avril 2017 aux éditions HarperCollins France, dans une traduction de Philippe Mortimer.

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Normal(e), Lisa Williamson

Ma note :

Lisa Williamson - Normal(e)L’adolescence est un âge ingrat, celui de la lente et douloureuse transformation d’une chenille indifférenciée, un peu balourde, enfant de ses parents, en un jeune et frêle papillon prêt à voler vers le monde et vers l’indépendance. Un temps « qui ne laisse un bon souvenir qu’aux adultes ayant mauvaise mémoire » , disait le cinéaste François Truffaut. Autant dire qu’en période de plein paradoxe où les adolescents se normalisent tous pour devenir différents, être en dehors des normes expose au rejet, au mépris, à la violence verbale ou physique.

Pour David Piper, le quotidien n’est pas très joyeux. À quatorze ans, son corps commence à montrer des signes de masculinité qui échappent à son contrôle, et chaque jour David note dans un carnet secret les diverses mensurations de ce corps qui évolue, mais pas comme il le souhaiterait. Ses parents comprennent bien que leur fils est mal à l’aise, et ils prennent ses drôles de manies pour des signes d’homosexualité, sauf qu’ils « ont tout interprété de travers (…), parce que je ne suis pas gay. Je suis juste une fille hétéro coincée dans un corps de mec » .

Les choses changeront pour un temps avec l’arrivée dans l’établissement plutôt huppé de Leo Denton, un étudiant ténébreux et solitaire, dont la légende veut qu’il ait été exclu de son précédent collège situé dans un quartier populaire après avoir découpé le doigt d’un de ses professeur avec une mini-scie… Se tenant à l’écart des autres étudiants, Leo suscite autant de curiosité que de crainte, et lorsqu’il défendra David alors qu’il se fait malmener au self par un des idiots populaires, il fera craquer Alicia, qui ne le laisse pas indifférent non plus.

David et Leo profiteront de leurs heures de colle pour faire connaissance et tisser un solide lien d’amitié, scellé par le partage d’un secret de nature à les rapprocher. Mais parce que rien n’est jamais simple, les secrets feront surface et viendront ajouter de l’huile sur le feu de leurs rapports tumultueux avec leurs autres camarades.

Pour sa première incursion dans le genre « young adult » , Lisa Williamson s’attaque à un sujet difficile, pas vraiment consensuel, mais qu’elle connaît bien pour avoir travaillé dans un service chargé des questions d’identité de genre au sein du système de santé britannique. Un roman pour ado et jeunes adultes qui parle de la différence mais surtout des genres, de deux adolescent(e)s aux identités contrariées, et qui soulève la question transgenre à l’âge des grands chamboulements, c’est audacieux ! L’histoire est touchante et agréable à lire, et accessible dès 13 ans.

Normal(e) de Lisa Williamson est publié au Royaume-Uni en janvier 2015 sous le titre « The Art of Being Normal » . Il est publié en France le 29 mars 2017 aux éditions Hachette Romans dans une traduction de Mathilde Tamae-Bouhon.

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La cité des miroirs, Justin Cronin

Ma note :

Justin Cronin - La Cité des miroirsJ’ai débuté  la lecture de La cité des miroirs avec des sentiments assez ambivalents : le plaisir immuable de me lancer dans une nouvelle aventure, et de découvrir un roman dont le résumé m’avait beaucoup plu sur le site de l’éditeur, qui entraient en collision frontale avec un court prologue un peu lourd, écrit dans le style d’un texte religieux, et qui m’a rapidement permis de comprendre que je rentrais dans une trilogie… par son dernier tome !

Passés les premiers chapitres d’un roman fleuve de plus de 800 pages, il fallait que je me rende à l’évidence : j’en avais pour un sacré moment, mais j’allais adorer.

Je serai tenté de parler de science-fiction pour caractériser ce livre, un genre un peu fourre-tout qui en général me rebute, mais je ne suis pas assez fin connaisseur pour être certain que ce soit adapté. L’auteur lui, parle de « speculative fiction » pour caractériser cette trilogie à mi-chemin entre une saga sur les vampires et une épopée post-apocalyptique comme dans la célèbre série The Walking Dead.

Une chose est sûre, même sans avoir lu les deux premiers tomes : autour de ces dernières années, un scientifique américain, Tim Fanning, s’est fait contaminer par un virus lors d’une expédition dans la jungle. A l’avenir, cet homme deviendra Zéro, sorte de vampire ayant projeté un funeste destin sur le monde. De ce qu’on comprend d’épisodes que le roman ne détaille pas, et qu’on imagine faire parti des deux premiers tomes, douze détenus extraits du couloir de la mort ont servi de cobaye dans un projet de recherche du gouvernement afin de tester des formes modifiées du virus. Ils se feront appeler Les Douze.

Suite à l’expérience, et pour essayer de résumer rapidement, le virus s’est propagé sur Terre, tuant des milliards d’individus, en contaminant un paquet d’autres qu’on appelle les virules, et qui ne sont pas très très sympas… Dans ce troisième tome, les virules semblent avoir disparus, Les Douze ont été tués par Amy, et finalement les derniers survivants se sont organisés en quelques poches de population qui tentent de reprendre une vie normale. Ambiance The Walking Dead garantie.

Sauf que Fanning, le monstre à l’origine de tout, qui trône dans un New-York vide d’habitants, a mis au point un plan visant à tuer Amy, dernier espoir d’une humanité au bord de l’extinction.

Je suis mort et j’ai été ramené à la vie, la plus vieille histoire du monde. Je suis revenu de la mort et qu’ai-je contemplé ? J’étais dans une pièce baignée de la lumière la plus bleue qui soit – un bleu pur, céruléen, le bleu qu’aurait le ciel s’il était marié à la mer.

Ce bouquin est bluffant, et il faut s’accrocher ! Outre le fait que l’histoire soit bien écrite, et bien traduite, j’ai été totalement absorbé par les différentes parties du récit, avec une mention toute particulière au récit du souvenir qui hante Fanning, qui serait presque un roman dans le roman. C’est une histoire finalement pas tant « fantasy » que ça, car il s’agit avant tout du destin d’un groupe d’hommes et de femmes qui tentent de survivre, de faire durer l’humanité, face à une menace aussi folle qu’effrayante. J’avais débuté ce livre avec des sentiments troubles, mais je l’ai terminé avec un sentiment très clair : la tristesse de devoir me séparer de ces personnages auxquels je m’étais attaché au fil de ces heures de lectures. C’était long, mais c’était génial !

La cité des miroirs, de Justin Cronin, est le troisième et dernier tome de la saga Le Passage. Il publié en mai 2016 aux États-Unis sous le titre « The City of Mirrors » et est publié le 16 mars 2017 en France aux éditions Robert Laffont, dans une traduction de Dominique Haas.

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Là où tu iras j’irai, Marie Vareille

Ma note :

Marie Vareille - Là où tu iras j'iraiJ’ai découvert Marie Vareille sur Instagram, cette galerie d’art improvisée pour photographes amateurs qui a transformé depuis quelques mois les comptes influents (comprendre « avec le plus d’abonnés » ) en véritables vitrines publicitaires à pas cher, pour une montre, une marque de fringues, un soda à la mode, … Les éditeurs l’ont bien compris, les lectrices ont elles aussi un pouvoir de prescription auprès d’une vaste communauté d’amoureux du livre, par le biais de photographies à la savante mise en scène mettant en avant leur lecture du moment. Preuve que le procédé est efficace : il m’a permis de m’intéresser à Là où tu iras j’irai, un livre qui a envahi mon flux Instagram à sa sortie.

Isabelle a 32 ans, elle vit à Paris avec son copain Quentin qui a un peu tout de l’homme idéal, puisqu’il survit depuis plusieurs années à ses multiples névroses, à la stagnation de sa carrière d’actrice et à son éternel côté adolescente. Il est même tellement amoureux qu’il la demande en mariage, plongeant Isabelle dans la panique la plus complète à l’idée de devoir faire des enfants, et de se jurer un amour infaillible jusqu’à la mort. D’un coup d’un seul, Isabelle a 32 ans et se retrouve célibataire.

En galère financière, elle est contrainte d’accepter une drôle d’offre d’emploi : Adriana, fille d’un grand réalisateur, lui propose contre une très jolie somme d’argent de se faire engager comme nanny en remplacement de l’habituelle qui est malade, afin de séduire son père et de l’empêcher d’épouser sa fiancée. Un rôle à sa portée, lui promet-elle.

Elle part donc en Italie pour deux semaines de vacances hors norme avec la famille Kozlowski, avec la tâche de s’occuper de Nicolas, petit garçon de 8 ans qui ne prononce pas un mot depuis le décès de sa mère. Pour Isabelle, qui déteste les enfants, la corvée ne s’annonce pas aussi simple que ça, mais lui réserve tout de même de belles surprises…

Là où tu iras j’irai est une lecture très rafraichissante, et j’ai beaucoup rigolé des mésaventures de cette adulescente très spontanée. Il faut reconnaître à Marie Vareille un certain talent pour faire vivre un personnage atypique, et même si l’histoire a quelques fois des accents un peu burlesques, j’ai apprécié cette légèreté d’une auteur de ma génération. Une affaire à suivre !

Marie Vareille au Printemps du Livre de Montaigu (04/2017)

Là où tu iras j’irai, de Marie Vareille, est publié le 15 mars 2017 aux éditions Mazarine.

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Le murmure des éoliennes, François Bossis

Ma note :

François Bossis - Le murmure des éoliennesLes éditeurs régionaux, comme toutes les petites maisons d’éditions, souffrent de leur visibilité réduite dans un marché du livre aussi concurrentiel que prolifique, où les crises de boulimie éditoriales que représentent les sempiternelles rentrées littéraires forcent les maisons d’édition à se livrer à de véritables guerres marketing pour faire vendre du papier, avoir la meilleure visibilité en librairie ou la couverture presse la plus étendue possible. Difficile, dans ce contexte, de réussir à faire connaître ses auteurs. Un constat frustrant, surtout lorsque l’on déniche dans un salon littéraire un livre comme Le murmure des éoliennes.

Paul est psychiatre à Paris, et hérite à quarante-cinq ans d’une maison sur la côte atlantique, léguée par un oncle au même prénom que lui dont il n’avait jusque là jamais entendu parler. Pour ce père de famille divorcé, orphelin de ses deux parents, découvrir si tard que son père avait un frère jumeau ne sera pas sans remous. « On s’est construit sur un mensonge, un manque, et on se met à vaciller » . Dans la maison de l’oncle décédé, ce sont des souvenirs d’une vie qu’il n’a jamais soupçonnée qui l’assaillent, comme cette photo de son père et de son oncle posant de part et d’autre de sa mère, qui l’attend sur le bureau, accompagnée d’une lettre testamentaire sur ce secret de famille.

Mon cœur se met à battre plus vite. Ce n’est pas évident de recevoir un courrier de quelqu’un que l’on n’a pas connu et qu’on ne connaîtra jamais, c’est comme un message de l’au-delà, la lumière d’une étoile morte.

Dans ce village qu’on imagine aisément situé à deux pas du littoral vendéen, Paul ira à la rencontre du souvenir de son oncle, médecin « des familles et des gens seuls » installé là quelques décennies plus tôt, et adopté par tous les habitants. Il y fera la rencontre de Claire, une jeune femme ayant bien connu son oncle, et qui connaît elle-même quelques moments difficiles dans sa vie de famille, sa sœur jumelle et elle devant accompagner un frère schizophrène, comme un volcan toujours au bord de l’éruption.

Ce sera, quelques temps après, son ami d’enfance qui le rejoindra dans la maison atlantique aux murs blancs et aux volets bleus, au pied des éoliennes. Blaise est abattu par une séparation à laquelle il ne s’attendait pas, et c’est auprès de son complice de toujours qu’il viendra chercher soutien et réconfort. Les deux hommes ne resteront pas insensibles aux charmes de Claire, et tandis que tous les trois courent ensemble régulièrement pour préparer le marathon de Paris, un triangle amoureux se dessine au fil des pages, comme une étrange résonance à un passé tenu secret.

La vie est multiple et imprévisible, concrète et rêvée, toujours instable, à construire, à reconstruire lorsque le hasard vient en détruire le fragile ordonnancement. La vie prend un malin plaisir à jouer, à redistribuer les cartes, c’est ce qui fait son drame et sa beauté.

Le murmure des éoliennes fut une très belle découverte, un roman riche de l’expérience de son auteur lui-même psychiatre en Vendée. Je  l’ai lu avec beaucoup de plaisir, tant pour ses trois personnages attachants, gravitant autour d’un secret de famille, que pour son écriture enivrante, aussi belle sur la forme que précise sur le fond. Un roman que je recommande fortement, et auquel il faut souhaiter un grand succès.

Le murmure des éoliennes, de François Bossis, est publié en mai 2016 aux éditions du Petit Pavé.

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