L'Homme Qui Lit

À propos des livres

Auteur : Brice (Page 1 sur 15)

Neandertal de A à Z, Marylène Patou-Mathis

Ma note :

Marylène Patou Mathis - Neanderthal de A à ZJ’ai gardé de nombreux souvenirs de l’école primaire, tous heureux, dont l’apprentissage de la lecture et de l’écriture qui aujourd’hui me permet de vous parler de tous ces livres que je dévore au fil des mois. C’est aussi la période où l’on m’a appris, dans les grandes lignes, l’histoire de l’Humanité, et même si je n’en ai quasiment rien retenu sauf l’idée générale, j’ai ce souvenir tendre et un peu naïf de mes copains et moi qui, après avoir appris que la terre regorgeait de vestiges du passé, étudions avec le plus grand sérieux différents cailloux récoltés dans les champs voisins, persuadés que nous allions dénicher ici, un silex ayant abattu un mammouth, là une griffe de dinosaure.

C’est avec cette nostalgie que j’ai commencé à lire ce dictionnaire de Marylène Patou-Mathis, directrice de recherches au CNRS et préhistorienne spécialiste de l’homme de Neandertal. Il faut d’abord le resituer dans notre passé, et c’est aux environs de 450000 à 35000 ans avec le présent qu’il peuplait une partie des continents, en même temps que l’homme moderne, c’est à dire l’homo sapiens.

L’état de mes connaissances était probablement proche de celui de la plupart des gens non spécialistes, et j’imaginais ces néandertaliens comme des bipèdes à mi-chemin entre le singe et l’homme moderne. La lecture de ce dictionnaire m’a permis d’en savoir plus sur cet ancêtre pas si lointain dans l’histoire de l’Homo, et pourtant tellement éloigné, à l’échelle de notre civilisation.

On y apprendra que ces chasseurs-cueilleurs étaient potentiellement doués de parole, en tout cas les structures anatomiques qui le permettent aujourd’hui étaient déjà présentes. Qu’être social, il vivait en petites communautés, mais que la population néandertalienne était minime, aussi il n’était pas gêné par ses voisins… Cannibale à certaines occasions, il enterrait ses morts, avec peut-être même des rites funéraires, selon les découvertes effectuées dans certaines grottes. Chasseur mais malin, il préférait piéger les animaux afin qu’ils meurent plutôt que de devoir s’attaquer à eux (la chasse à l’abîme), et même s’il possédait des lances pour la chasse, il pratiquait également le charognage.

Si ce dictionnaire regorge de petites informations intéressantes, j’ai pourtant trouvé que sa lecture était parfois alourdie par l’absence d’illustrations, car j’allais voir sur internet ce dont il était question, comme par exemple lorsque l’on parle des bifaces et du débitage Levallois (une méthode de taille de la pierre). Il faudra peut-être privilégier la version papier au format numérique, car sur ma liseuse j’étais dans l’impossibilité de naviguer entre les termes, ce qui en début d’ouvrage fut un peu difficile quand l’auteur faisait référence à l’acheuléen, au moustérien, à l’aurignacien, au châtelperronien, et que je me demandais de quoi il pouvait s’agir.

J’ai malgré tout été impressionné par l’immense travail réalisé par l’auteur, tant pour essayer de rendre accessible ces connaissances pointues que pour rassembler toutes ces références. Un dictionnaire très riche, qui m’a énormément appris, et qui m’a donné envie de me rendre au Musée de l’Homme pour visualiser quelques vestiges. À noter d’ailleurs que Marylène Patou-Mathis sera co-commissaire de l’exposition Neandertal au Musée de l’Homme, en partenariat avec l’INRAP, qui se tiendra du 28 mars au 7 janvier 2019. Une exposition que j’irai parcourir à l’occasion d’un passage à Paris.

Neandertal de A à Z, de Marylène Patou-Mathis, est publié le 25 janvier 2018 aux éditions Allary.

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La Disparition de Josef Mengele, Olivier Guez

Ma note :

Olivier Guez - La disparition de Josef MengeleJ’ai déjà sûrement évoqué le plaisir que j’ai à lire des romans ou des essais concernant la seconde guerre mondiale, l’occupation française et le régime nazi, sans fascination morbide, mais avec une curiosité chaque fois renouvelée, comme incapable de croire que « nous ayons pu faire ça ». C’est ainsi que cette dernière rentrée littéraire m’a proposé L’ordre du jour, déception personnelle mais prix Goncourt 2017, et La Disparition de Josef Mengele, lauréat du prix Renaudot.

Mengele était un médecin allemand, officier de la SS servant une cause macabre dans les camps de concentration, et plus particulièrement à Auschwitz où il fût responsable du tri des déportés arrivant par wagons entiers, qu’il envoyait sans scrupules se faire gazer par centaines, et où il réalisait également d’effroyables expériences médicales dont on frissonne encore aujourd’hui, tant la cruauté et la perversité qu’elles demandaient sont incompatibles avec le progrès médical.

En 1945, lorsque l’Armée Rouge libère Auschwitz, il a déjà pris la fuite vers l’Ouest où les américains l’arrêtent, mais dans le chaos de la Libération, le laissent filer ne sachant pas qu’il était un criminel de guerre. C’est avec de faux papiers qu’il vivra quelques années en Allemagne, avant de prendre la fuite vers l’Amérique latine, aidé par un réseau d’anciens nazis spécialisé dans l’exfiltration d’anciens dignitaires et hauts gradés.

Le récit romancé d’Olivier Guez débute avec l’arrivée en 1949 de Mengele à Buenos Aires, en Argentine, où sous une fausse identité il travaille comme charpentier et loge dans une pension familiale, avant de rapidement se mettre en rapports avec d’anciens nazis arrivés avant lui, lui permettant de s’installer chez des amis dans une immense demeure. Commencera alors pour Mengele une période faste, celle d’un homme libre, qui se fait de l’argent en devenant commercial pour l’entreprise familiale d’engins agricoles, tout en échappant à tout travail d’enquête qui le vise.

Cela semble incroyable et pourtant, c’est avec sa véritable identité qu’il demande un passeport allemand et réussit même à se rendre en Allemagne pour voir son fils auprès de qui il prétend être un oncle, épousant même sa belle-sœur et la faisant s’installer en Argentine. Il mène alors, comme choisira l’auteur comme titre pour la première partie de ce roman, une vie de pacha.

Dans la seconde partie du récit, Le rat, la fuite tranquille de Mengele est mise à mal. Traqué par des chasseurs de nazis, qui obtiennent des autorités allemandes un mandat d’arrêt international, Mengele doit faire profil bas, et n’est plus bien vu en Argentine. Dans la même période, les services de renseignements israéliens, le Mossad, s’occupent de kidnapper et ramener en Israël le nazi Adolf Eichmann afin qu’il soit jugé et condamné à mort.

Pour Mengele, c’est de nouveau l’exil, au Brésil cette fois. Ses soutiens se font rares, et l’argent que sa famille lui accorde discrètement vient moins facilement depuis que les autorités enquêtent plus sérieusement. Dans cette seconde partie, Mengele ne mène plus une existence flamboyante, mais il se terre, et se cache dans une ferme avec un couple avec qui il entretient des rapports conflictuels. Malade, en déclin, l’homme finira par vivre comme un rat, fardeau pour tous ceux qui jusque là le supportaient par sympathie, ou par appât du gain.

Olivier Guez nous offre un récit fascinant, un travail extrêmement documenté, une enquête historique sous forme de roman qui méritait amplement le prix Renaudot. Si je connaissais les grandes lignes de la fuite de Mengele en Amérique latine, je n’avais jamais eu connaissance de tous ces détails, des complicités des régimes locaux, de la mauvaise volonté des autorités allemandes pour enquêter, des difficultés du Mossad pour poursuivre leur inéluctable vengeance. C’est un récit difficile, car à distance de ses crimes on pourrait être tenté de trouver Mengele sympathique dans sa nouvelle vie, quasiment ordinaire. Un roman à lire, si ce n’est pas encore fait.

La Disparition de Josef Mengele, d’Olivier Guez, est publié le 16 août 2017 aux éditions Grasset.

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Corniche Kennedy, Maylis de Kerangal

Ma note :

Maylis de Kerangal - Corniche KennedyLa chaleur de l’été est étouffante sur la cité phocéenne, et les jeunes issus des quartiers populaires trompent l’ennui en bravant les interdits. En bord de mer, coincée au bord d’une route longeant de belles propriétés, la corniche Kennedy est une petite falaise brute, agrémentée d’une zone bétonnée, et dépourvue de plage. C’est là qu’une petite bande, celle d’Eddy et ses copains, vient sauter depuis différentes hauteurs dans une mer qui n’est pas sans danger, le courant ayant déjà tué quelques intrépides.

Afin d’éviter ces morts inutiles, le maire de la ville est décidé à faire respecter la loi, et demande à la police de veiller à ce qu’aucun gamin ne contrevienne à ses arrêtés. C’est Sylvestre Opéra, un commissaire en surpoids, dégoulinant de sueur dans un bâtiment sans air conditionné, qui sera en charge de protéger son littoral, situé juste en face de l’immense bloc du commissariat. Depuis les toits, équipé d’une puissante paire de jumelles, il surveille d’un œil mi-amusé mi-autoritaire cette bande qui n’aspire qu’à profiter de l’été.

Pour les gamins, il s’agit surtout de se prouver quelque chose, de faire le fier devant les filles et les copains, d’imaginer les prouesses les plus folles et les cris les plus extravagants pendant cette chute, ce temps suspendu où les corps en pleine transformation semblent n’appartenir ni à la terre, ni à la mer, libres de toute entrave. Et c’est Suzanne, une fille de bonne famille qui s’ennuie dans sa villa située un peu plus haut, qui viendra perturber l’équilibre de cette petite bande, en imposant sa présence sur la corniche aux côtés des intrépides sauteurs.

C’est dans cette drôle d’ambiance, lourde de la chaleur d’un été sans air, que Maylis de Kerangal dissèque une fois de plus avec brio une tranche de vie, du côté des ados insouciants où les rapports de forces se jouent encore à des niveaux qui prêtent à sourire, comme du côté de l’autorité, volontairement grotesque face à cette bande rebelle. Un court roman à l’écriture ciselée, fidèle à l’esprit de l’auteur pour les belles histoires au rythme soutenu.

Corniche Kennedy, de Maylis de Kerangal, est publié en août 2008 dans la collection Verticales des éditions Gallimard, et disponible en poche chez Folio depuis avril 2010.

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Romanesque, Tonino Benacquista

Ma note :

Tonino Benacquista - RomanesqueQuelle meilleure journée que celle de la Saint-Valentin pour vous parler de l’une des plus belles histoires d’amour que j’ai pu lire ? Il faut en plus admirer le clin d’œil du destin, car c’est un ancien petit ami qui m’a offert deux romans de cet auteur qu’il aimait tant et dont je n’avais jamais entendu parler, et qui depuis fait parti de ceux que je suis avec une attention toute particulière, tellement ses romans résonnent en moi et me comblent à chaque fois.

J’avais acheté Romanesque lors de sa sortie, pour la rentrée littéraire de 2016, et je l’avais laissé dans les rayons de ma bibliothèque, jusqu’à ce que je réalise il y a quelques semaines, en surveillant une éventuelle nouveauté de Benacquista, que j’étais passé à côté de la lecture de son dernier roman… qui vient d’ailleurs tout juste de sortir en poche chez Folio. Une fois sa lecture terminée, sachez seulement que j’ai amèrement regretté de ne pas avoir savouré ce livre dés sa sortie.

Ce roman, c’est un peu un conte, une légende. Celle d’un couple maudit d’être tant amoureux qu’il se retrouve contraint à errer pendant des siècles sans jamais trouver la paix que leur amour mérite. Un couple de français est en cavale à travers les États-Unis, sans que l’on sache ce à quoi ils cherchent à échapper, et bientôt une gigantesque chasse à l’homme s’ouvrira. Dans leur cavale, ils se réfugient dans un théâtre pour assister à l’étonnant spectacle d’une histoire d’amour damnée, Les mariés malgré eux, une pièce du Moyen Âge à propos d’un braconnier et d’une cueilleuse qui, fous l’un de l’autre, défieront toutes les lois pour vivre leur amour comme ils l’entendent.

Car ce couple-là avait déjà été puni, sur la Terre, puis au Ciel, et sur la Terre à nouveau. Il avait été persécuté dès le premier jour, il avait subi la peine capitale, il avait été sermonné par Dieu, puis chassé de son paradis, il avait connu la tempête, la fièvre, la prison, l’asile, l’acharnement des hommes, la menace des bêtes, la violence des éléments, tant de tourments subis au nom d’un seul : la privation de l’être aimé.

Il faut tout le talent de conteur et la plume magnifique de Tonino Benacquista pour réussir ce tour de magie littéraire et historique, celui de nous faire traverser les siècles aux côtés de ces deux amants bannis par la communauté, dont l’amour cristallin engendrera autant de rejet que d’admiration, ni les hommes ni les dieux ne parvenant à les séparer.

C’est un roman absolument magnifique, immanquable, peut-être l’un des plus beaux romans que j’ai pu lire, qui m’a souvent ému aux larmes et à propos duquel je ne saurais pas dire plus que : foncez, laissez-vous porter par cette histoire, vous ne le regretterez pas. Coup de coeur absolu !

Romanesque, de Tonino Benacquista, est publié en août 2016 dans la collection Blanche aux éditions Gallimard, et est disponible en poche aux éditions Folio depuis le 1er février 2018.

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L’ordre du jour, Éric Vuillard

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Eric Vuillard - L'ordre du jourDifficile de ne pas s’atteler à la lecture du lauréat du prix Goncourt de l’année dernière, surtout lorsque le roman couvre une période de l’histoire qui m’est chère, que certains de mes amis me le conseillent chaudement et qu’il fait la bagatelle de 160 pages, promettant une lecture rapide et plaisante. C’est dire la confiance avec laquelle je me plongé dans la lecture de ce roman qui, sur le papier, avait tout pour me plaire.

Et pourtant, dévoré en un clin d’œil, malgré des qualités certaines dans la narration, le détail historique, la « méthodologie » de l’Anschluss qui est peu connue, je n’ai pas été follement emballé par cette lecture, et j’en gardais quelques jours après l’avoir terminée, un souvenir assez flou, pour ne pas dire inexistant.

Et ce qui étonne dans cette guerre, c’est la réussite inouïe du culot, dont on doit retenir une chose : le monde cède au bluff. Même le monde le plus sérieux, le plus rigide, même le vieil ordre, s’il ne cède jamais à l’exigence de justice, s’il ne plue jamais devant le peuple qui s’insurge, plie devant le bluff.

Je le recommanderai pourtant à celles et ceux qui veulent comprendre ce formidable coup de poker que fût l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie en mars 1938, et qui suscita très peu de réactions de la part des français ou de leurs alliés, alors même que les traités de Versailles et de Saint-Germain-en-Laye signés à l’issue de la Première guerre mondiale, interdisaient la collusion de l’Allemagne avec l’Autriche.

Un essai romancé qui ne m’a pas convaincu, et une déception de plus pour un Goncourt, avec lequel je suis décidément fâché une année sur deux…

L’ordre du jour, d’Éric Vuillard, est publié le 3 mai 2017 aux éditions Actes Sud.

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Tu tueras l’ange, Sandrone Dazieri

Ma note :

Sandrone Dazieri - Tu tueras l'angeVous avez peut-être déjà lu « Tu tueras le père » , dont je vous avais parlé lors de sa sortie en 2015, et qui constituait le premier volet d’une saga en devenir autour du personnage atypique mais attachant de Dante Torre. L’auteur italien Sandrone Dazieri revient donc avec une suite sous forme d’une nouvelle enquête pour le binôme inattendu que forment Dante et la commissaire Colomba Caselli, tête brûlée de la police italienne.

C’est elle qui sera appelée lorsque arrive en gare le train reliant Milan à Rome, et dans lequel tous les passagers de la classe affaire sont retrouvés morts, manifestement tués par un gaz neurotoxique. Branle bas de combat dans la capitale italienne, les forces spéciales et l’armée s’en mêlent, l’attentat fait grand bruit. Pour Caselli, l’affaire semble trop vite entendue, et elle doute sérieusement qu’il s’agisse d’un attentat terroriste.

Pour y voir plus clair, elle fait appel à Dante, « l’homme du silo » avec qui elle avait travaillé dans Tu tueras le père, bien que son comportement quasi-autistique rende sa présence difficile pour le reste de la police, et surtout sa hiérarchie. Son enquête la mènera rapidement sur la piste d’autres assassinats à travers le monde, parfois déguisés en accidents, parfois en crime sordide, qui révèlent qu’un tueur est prêt à tout pour atteindre sa cible.

Ce tueur prend des allures quasi fantomatiques d’après les rares témoignages que Caselli et Torre réussissent à rassembler à travers l’Europe, et c’est sur la piste d’une femme mystérieuse et insaisissable que le binôme s’orientera, une sorte de Giltiné, l’ange lituanien des morts.

Si j’avais apprécié ma première rencontre avec le binôme Caselli-Torre dans Tu tueras le père, je n’ai pas retrouvé le même plaisir de lecture en me plongeant dans cette suite. Les premières pages laissant imaginer une enquête pour attentat m’ont bien plu, et j’ai finalement été assez déçu de cette histoire d’une tueuse vengeresse insaisissable avec laquelle j’ai peu accroché. Il y aura sûrement une suite à ces aventures, mais je crois que ce sera sans moi.

Tu tueras l’ange, de Sandrone Dazieri, est publié en Italie en novembre 2016 sous le titre « L’Angelo » . Il est publié en France le 18 mai 2017 dans la collection La Bête Noire aux éditions Robert Laffont dans une traduction de Delphine Gachet.

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Le tunnel, Carl-Johan Vallgren

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Carol-Johan Vallgren - Le tunnelVoilà un polar éminemment atypique ! Son auteur, Carl-Johan Vallgren, est un touche-à-tout : à 53 ans, l’homme est tour à tour chanteur, comédien ou écrivain, et fait publier ses derniers romans sous le pseudonyme de Lucifer, sauf en France où les éditeurs ont bien perçu que ça n’était pas très vendeur… Le tunnel, c’est un second roman avec le même personnage principal, Danny Katz, un toxicomane vaguement sevré, génie de l’informatique, et détective privé quand il le faut. Et après ses premières mésaventures dans Le garçon de l’ombre (chez le même éditeur), force est de constater que notre anti-héros s’attire les histoires compliquées.

Jorma Hedlund décide de se lancer dans un dernier braquage après avoir reçu des infos inespérées d’un homme travaillant pour une compagnie de transport de fond : lui qui voulait prendre sa retraite et se retirer du banditisme, c’est raté. Seulement, rien n’est jamais aussi simple dans la vie que sur le papier, et le braquage tournera au fiasco, obligeant Jorma à prendre la fuite et à se terrer.

Katz lui, retrouvera son ami et ancien dealer Ramon, qui vit désormais avec sa copine Jenny. Des retrouvailles de courte durée, puisque le premier sera retrouvé raide mort quelques jours plus tard, et que la seconde sera portée disparue.

Enquêtant sur la disparition de son ami, Katz va se retrouver au cœur d’un trafic glauque au possible, mêlant la drogue et la prostitution, et les hommes d’influence à un mystérieux réseau d’orgies sado-maso, à l’origine de nombreuses disparitions.

Le tunnel mérite amplement son titre original, « Les porcs » , quand il s’agit de résumer l’esprit global du roman. Si l’intrigue tient la route malgré les bas fonds dans lesquels elle évolue, j’ai pour autant eu beaucoup de mal à avancer dans ce roman – ce n’était peut-être tout simplement pas la bonne période – et j’ai mis plus de deux mois à en venir à bout. La saga Danny Katz s’arrêtera donc là pour moi…

Le tunnel, de Carl-Johan Vallgren, est publié en Suède en octobre 2015 sous le titre « Svinen » . Il est publié en France aux éditions JC Lattès le 10 mai 2017 dans une traduction d’Esther Sermage.

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La maison des Turner, Angela Flournoy

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Angela Flournoy - La maison des TurnerJe ne pourrais pas expliquer pour quelle raison, mais j’ai toujours été emballé par la lecture de ces sagas familiales au travers des générations, comme dans le prisé Le soleil des Scorta, de Laurent Gaudé, l’immanquable Chronique des Clifton de Jeffrey Archer ou encore le superbe Jours de juin, de Julia Glass. Autant dire que, lorsque j’ai lu la quatrième de couverture de La maison des Turner, je me suis dit que ce roman était fait pour moi.

Nous sommes à Détroit, ville portuaire du Michigan fondée par un français, longtemps prospère grâce à l’industrie automobile (d’où son surnom de « Motor city » ), puis lentement ville refuge des populations noires fuyant le sud des États-Unis, et enfin aujourd’hui cité sinistrée par la crise des subprimes, par le déclin des industries automobiles qui l’avaient fait vivre, par un chômage flirtant avec les pires records, l’ayant conduit il y a quelques années à être la première ville à se déclarer en faillite.

À Détroit, les Turner essaient de maintenir les liens familiaux alors que leur mère, Viola, montre des signes inquiétants de fatigue, et semble de plus en plus malade. Les treize enfants tâcheront de gérer au mieux leurs combats personnels afin de pouvoir se réunir et décider unanimement de ce qu’ils devaient faire de la maison familiale de Yarrow Street, à l’abandon et sans aucune valeur, maintenant que leur mère ne peut plus y vivre.

C’est Charles, l’aîné de la fratrie, dit Cha-cha, vers qui tous se tournent naturellement pour prendre la bonne décision, alors qu’il s’embourbe dans une thérapie après un accident au volant de son camion, pour lequel il a expliqué avoir vu le fantôme qui le poursuit depuis son enfance. Dans la maison abandonnée de Yarrow Street, il y a pourtant Lelah qui squatte dans un silence honteux après avoir tout perdu – travail, amis, famille, logement – à cause son addiction aux jeux, et surtout à la roulette dans les casinos.

Cette saga n’est pas construire chronologiquement, et les turpitudes entrecroisées des frères et sœurs Turner laissent de temps en temps place à un retour dans le passé, pour suivre l’histoire des parents, Viola et Francis Turner. Le roman est globalement intéressant, agréable à lire, et pourtant je garde comme une forme de déception à son endroit, car c’est un roman très inégal, avec des personnages quasi-inexistants et d’autres très détaillés. Si j’ai aimé ma lecture, je l’ai achevée avec le sentiment trouble qu’il manquait quelque chose, qui est peut-être tout simplement la raison pour laquelle les sagas m’emballent autant : l’attachement aux personnages et cette nostalgie qui accompagne les dernières pages, que je n’ai pas retrouvé dans La maison des Turner.

La maison des Turner, d’Angela Flournoy, est publié aux États-Unis en avril 2015 sous le titre « The Turner House » . Il paraît en France le 31 août 2017 aux éditions Les Escales, dans une traduction de Anne-Laure Tissut.

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Le vieux qui lisait des romans d’amour, Luis Sepúlveda

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Luis Sepulveda - Le vieux qui lisait des romans d'amourNe vous fiez pas à son titre pour le glisser dans votre panier chez votre libraire préféré, vous risqueriez d’être déçu. Il y a bien un vieux, oui, qui lisait effectivement des romans d’amour, mais toute analogie avec le titre « Le vieux qui ne voulait pas fêter… » s’arrête là. Ce n’est pas à proprement parler un roman d’amour, et vous ne suivrez pas les déambulations d’un vieillard échappé de sa maison de retraite. Non, mieux, vous dévorerez un superbe roman, écolo avant l’heure, intemporel malgré les presque seize ans au compteur.

C’est au bord du fleuve, en plein cœur de la forêt amazonienne, que l’on retrouve le cadavre de l’homme blanc dans une pirogue. L’homme est salement blessé, et sans plus tarder, le maire du village, un homme potelé et suintant surnommé « la limace » , en vient à blâmer les indiens Shuars, autochtones de toujours. Pour Antonio José Bolivar, notre vieil homme féru des romans d’amour que lui apporte régulièrement par bateau le dentiste, aucun doute : il s’agit de la vengeance d’un félin, probablement d’une femelle dont les petits ont étés assassinés par la victime.

Plus tard, alors qu’une seconde victime est à déplorer chez ces blancs venus s’approprier les richesses de l’Amazonie, le maire n’aura pas d’autre choix que de contraindre Antonio d’accompagner une expédition de chasseurs, puis de se débarrasser de cette femelle ocelot. Contre son gré, l’homme s’enfonce alors dans la forêt que les Shuars, auprès de qui il a vécu quelques années, lui ont appris à aimer, afin de traquer cette femelle assoiffée de vengeance.

Le vieux qui lisait des romans d’amour est, à sa façon, une superbe fable écologique, le cri du cœur d’un amoureux de la nature, d’un homme simple qui ne demande rien d’autre que de pouvoir lire ses romans d’amour, qui se voit obligé d’abattre un animal pour protéger ceux qui viennent piller et détruire les richesses de la nature et des peuples qui l’ont pacifiquement occupée jusque là. C’est un très beau roman, qui se lit en un rien de temps, et qui devrait connaître encore de belles années devant lui.

Le vieux qui lisait des romans d’amour, de Luis Sepúlveda, est publié au Chili en 1992 sous le titre « Un viejo que leía novelas de amor » . Il est publié le 22 avril 1992 aux éditions Métailié dans une traduction de François Maspero.

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Origine, Dan Brown

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Dan Brown - OrigineJe me suis lancé dans la lecture d’Origine, le dernier né de la plume de Dan Brown, avec un mélange d’appréhension et d’excitation. Appréhension, car Inferno, son avant dernier bouquin, était imbuvable et n’était qu’un guide touristique romancé, dénué d’intérêt. Excitation car, comme je l’ai déjà dit dans ma critique d’Inferno, j’ai toujours l’espoir de retrouver le même univers qu’au commencement, quand le Da Vinci Code avait révélé au monde l’univers de son auteur, l’entraînant vers le succès qu’il connaît depuis.

L’intrigue se joue cette fois en Espagne, où Langdon a rendez-vous avec Edmond Kirsch, un de ses anciens élèves devenu l’un des scientifiques les plus controversés du moment. Ce soir là, au musée Guggenheim de Bilbao, l’homme s’apprête à révéler au monde sa dernière trouvaille, la réponse ultime à la question que les Hommes se posent depuis des millénaires, qui renverserait probablement l’équilibre des religions.

Seulement voilà, alors qu’il est sur le point de prendre la parole, face à un parterre d’invités triés sur le volet, et tandis que la planète entière suit son allocution retransmise sur internet, Kirsch est abattu. Aux côtés d’Ambra Vidal, la directrice du musée, et fiancée du futur roi d’Espagne, Langdon devra prendre la fuite afin de déverrouiller la séquence vidéo qu’allait lancer son ancien élève et ami avant son assassinat, et qui révèlera le fruit de ses recherches.

Luttant alors contre la montre, Langdon et Vidal devront filer à Barcelone en échappant aux tueurs qui en ont manifestement après eux, sans parler des gardes royaux dont ils ne savent pas vraiment s’ils essaient de les protéger où de les faire taire. Du palais royal jusqu’aux bureaux de Kirsch, le chemin sera long et semé d’embuches. Le jeu en vaut-il seulement la chandelle ?

Je serais presque réconcilié avec Dan Brown grâce à Origine. Presque, parce que ce roman est un peu moins étouffant sur l’aspect « j’étale le fruit de mes recherches » que le précédent roman, et que l’intrigue avec la couronne d’Espagne est un peu grosse, même si pour l’américain moyen tout ça doit être totalement plausible. Malgré tout, le rythme se tient, l’intrigue en général est assez originale, et j’ai pris du plaisir à lire ce Dan Brown, même si l’on reste loin des premiers romans…

Origine, de Dan Brown, est publié aux États-Unis en octobre 2017 sous le titre « Origin » . Il paraît en France le 4 octobre 2017 aux éditions JC Lattès dans une traduction de Dominique Defert et Carole Delporte.

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