L'Homme Qui Lit

À propos des livres

Un cri sous la glace, Camilla Grebe

Ma note :

Camilla Grebe - Un cri sous la glaceJe sais pas chez vous, mais ici il pleut, il fait froid, et je suis enrhumé : d’excellentes raisons pour me plonger dans mes nombreuses lectures en retard, même si c’est avec un roman qui se passe à Stockholm en plein hiver, et que ça ne réchauffe pas franchement l’atmosphère. Un cri sous la glace est le premier roman en solo de la jeune Camilla Grebe, sorti il y a deux ans en Suède, après qu’elle ait publié une saga policière avec sa sœur.

Emma travaille comme employée dans une boutique de fringues, et c’est sur son lieu de travail qu’elle va faire la rencontre qui changera bientôt sa vie. C’est que la jeune femme vit une relation aussi secrète que passionnée avec Jesper Orre, sulfureux patron de sa chaîne de boutiques, connu de la presse pour ses aventures à répétitions et son management très rigoureux.

Quand Jesper est porté disparu et qu’on retrouve le cadavre d’une femme décapitée dans sa maison, l’enquête pousse Peter, un flic de la criminelle, et Hanne, profileur qui bosse parfois comme consultante pour la police, à retravailler ensemble. Les choses ne s’annoncent pourtant pas aussi simplement : Peter et Hanne ne se sont pas parlé depuis dix ans après une rupture pas très élégante, mais en plus Hanne souffre d’une forme de démence précoce, qui lui grignote peu à peu la mémoire.

Alors que l’enquête piétine, c’est vers une affaire similaire vieille de dix ans que les enquêteurs se tourneront pour tenter de comprendre, et de retrouver l’assassin.

Un cri sous la glace est un polar finement mené, ou le suspens reste intact jusqu’aux derniers chapitres, et ou l’enquête racontée en parallèle de la vie personnelle de chacun des protagonistes s’épaissit au fur et à mesure que les failles des principaux suspects se dévoilent. C’est avec beaucoup de plaisir et d’hypothèses contraires sur l’identité du tueur que j’en ai dévoré les 450 pages !

Un cri sous la glace, de Camilla Grebe, est publié en Suède en août 2015 sous le titre « Älskaren från huvudkontoret » . Il est publié en France aux éditions Calmann-Lévy le 1er février 2017 dans une traduction d’Anna Postel.

Médecin de combat, Denis Safran et Vincent Remy

Ma note :

Denis Safran - Médecin de combatDenis Safran est une figure emblématique de sa génération, celle de ces médecins retraités qui ont été là au commencement de tout, qui peuvent dire « j’en étais » quand on aborde avec nostalgie l’arrivée de telle ou telle transformation de la médecine, de la société, ou encore d’évènements marquants. Safran, ancien grand patron hospitalier, chef du service d’anesthésie réanimation du sulfureux Hôpital Européen Georges Pompidou, l’HEGP pour les néophytes, est aujourd’hui encore bien actif : à la BRI, la Brigade de Recherche et d’Intervention, à la préfecture de police de Paris ou encore au ministère de l’intérieur.

Le bouquin s’articule autour du récit croisé de Denis Safran, qui nous raconte quelques évènements marquants de sa carrière, et d’un portrait dressé par le journaliste Vincent Remy. On revient au fil des pages sur les jeunes années de Denis Safran, de sa vie d’interne à ses premiers faits d’arme auprès des mandarins de l’époque, ces grands patrons qui tenaient l’hôpital dans leur main, avant que Roselyne Bachelot ne leur enlève ce pouvoir, avec sa loi HPST.

On le suit dans ses aventures pas toujours très claires en Egype, où il fut appelé à s’occuper du Shah d’Iran alors en exil, et entrain de mourir, ou bien encore de son escapade en Corée du Nord, à donner un avis médical sur les blessures de la mère de Kim Jong-Un, qui est pourtant officiellement morte en France d’un cancer du sein…

Safran est aussi et surtout celui qui, à l’instar des autres forces d’intervention d’élite que sont le RAID et le GIGN, se bat pour la médicalisation de la BRI. C’est avec eux qu’il vit ses aventures d’aujourd’hui, puisque retraité de l’hôpital public, frappé par la limite d’âge. C’est avec eux, enfin, qu’il participera aux terribles attentats de Charlie Hebdo, des terrasses parisiennes et du Bataclan.

Médecin de combat est un récit intéressant, bien écrit, vite lu. On y suit avec intérêt ce parcours hors norme, on se drape avec plaisir dans l’évocation nostalgique de ces aventures d’une autre époque. Pourtant, si j’ai globalement apprécié la lecture du bouquin, j’ai quand même été marqué par l’ego impressionnant de Safran, qu’on sent particulièrement dépendant de son statut un peu unique, émoustillé par sa voiture de fonction lui permettant de traverser Paris au « gyro deux tons » , qui adore rappeler son statut de conseiller auprès du ministre. Bref, quelqu’un d’important et d’indispensable, à ses yeux. Pour vous dire, je me suis même demandé comment Safran allait continuer d’exister quand on lui dirait qu’il est trop vieux pour les colonnes d’assaut de la BRI, et plus désiré dans l’entourage d’un nouveau ministre…

Médecin de combat, de Denis Safran et Vincent Remy, est publié le 11 janvier 2017 aux éditions Grasset.

La libraire de la place aux Herbes, Eric de Kermel

Ma note :

Eric de Kermel - La libraire de la place aux HerbesQuand j’ai quitté Paris pour partir vivre dans cette ville de province, ma grande déception fut l’absence d’une petite librairie intimiste, faisant si possible salon de thé, comme j’en visite avec enchantement en France et à l’étranger à l’occasion de tous mes déplacements. Coincée entre une Fnac et un espace culturel Leclerc, la seule librairie indépendante de ma ville m’a longtemps rebutée : trop froide, trop commerciale, je n’y avais jamais trouvé l’amour du livre de la part des employés qui semblaient plus à mes yeux être des vendeurs de livres que des libraires. C’était jusqu’à ce que la discussion s’ouvre, et que de fil en aiguille, celle que j’aime appeler « ma libraire » me conseille ses lectures, dont ce très beau premier roman d’Eric de Kermel.

Nathalie et Philippe sont un couple de parisiens qui choisissent de s’exiler à Uzès, où Nathalie va racheter la petite librairie de la place aux Herbes qui est alors à vendre, et s’essayer à ce nouveau métier dont elle a toujours rêvé. C’est dans cet espace un peu confidentiel qu’elle va pouvoir organiser les rayons, classer les titres, mettre en avant nouveautés et coups de cœur. Donnant sur cette place qui abrite un marché régional, la libraire sera alors le lieu de nombreuses rencontres, aussi simples que chaleureuses.

Au fil des pages, on fait la rencontre de personnages attachants, qui tous apportent en entrant dans cette librairie leur histoire de vie, leur parcours, leurs doutes, et plus souvent encore, leurs espoirs. Qu’il s’agisse d’une jeune fille à l’éducation un peu rigide qui souhaite ouvrir ses horizons littéraires, d’un doux rêveur qui s’imagine infatigable voyageur du monde au fil des guides touristiques, d’une jeune bergère dont le ventre s’arrondit et qui ne veut pas le voir, d’un jeune homme décidé à reprendre contact avec un père à la santé déclinante ou encore du facteur qui rêve d’une vie de comédien, Nathalie sera là pour dispenser ses bons conseils et les lectures adaptées.

C’est un roman plein de bons sentiments mais sans niaiserie, à la fraicheur incandescente, que j’ai dévoré avec un immense plaisir. Il faut ici que je remercie ma libraire, qui m’a mis ce livre dans les mains pour mon plus grand bonheur. En deux cent pages, avec l’aide d’Eric de Kermel et de Nathalie, la libraire d’Uzès, elle m’a redonné envie de raccrocher ma blouse, de couper la sirène, les gyrophares, et d’ouvrir à mon tour cette petite librairie, « lieu de lumière et de chaleur, de partage et de confidences » .

La libraire de la place aux Herbes, d’Eric de Kermel, est publié le 23 février 2017 aux éditions Eyrolles.

Looping, Alexia Stresi

Ma note :

Alexia Stresi - LoopingCertaines femmes connaissent des destins incroyables, des vies rocambolesques, comme c’est le cas de Noelie, l’héroïne de ce second roman d’Alexia Stresi. Et même si l’œuvre est une pure fiction, c’est un beau clin d’œil qu’adressent les éditions Stock en publiant ce très beau roman un 8 mars, journée internationale des femmes.

Tout commence à Imperia, à la fin du dix-neuvième siècle, une ville placée « sous le soleil, près de la mer, et sur une terre fertile » qui vit de la culture des fleurs. Camilla est une jeune femme rustique, qui travaille aux champs avec les hommes la journée, s’occupe des bêtes le soir, et vit à la ferme avec ses parents. Quand après le passage d’une garnison de soldats, son ventre s’arrondit, ses parents accueillent la nouvelle sans grande chaleur, son père étant de ceux que l’on décrit comme taiseux.

À la campagne, il était naturel de se taire. C’était ainsi qu’on se comprenait le mieux, avant que les mots s’emmêlent.

Quelques mois plus tard naît Noelie, une petite fille dont la curiosité et la vivacité chambouleront rapidement la vie de la ferme. Quelques années plus tard, le père du soldat décide d’assumer les responsabilités que son fils n’a pas pris, et emmène Camilla et Noelie en ville dans sa vie d’industriel aisé, un monde de modernité, avec électricité, eau courante et accès à l’éducation. L’une et l’autre apprendront à lire et à écrire ensemble, binôme déjà inséparables.

Alors qu’elles retournent vivre à Imperia à la mort du vieil homme, leur vie va prendre un sacré tournant lorsque, quelques années plus tard, le soldat de passage revient accompagné d’un curé, bien décidé à épouser Camilla et à s’occuper de sa fille qu’il n’avait jusque là jamais vue. Soldat dévoué à un régime fasciste alors en pleine expansion, il sera envoyé en Libye, colonie italienne d’alors, comme podestat de Tripoli.

La rencontre de Noelie avec l’air chaud du moyen orient, le sable brûlant du désert et les tribus de bédouins, va changer sa vie et transformer le destin de celle qui était vouée à une vie de fermière illettrée pour en faire l’une des femmes les plus importantes d’Italie, côtoyant les chefs d’états, négociant le forage de l’or noir avec le nouveau régime libyen, s’entourant de la haute société italienne dans sa résidence de bord de mer.

C’est une folle épopée que la vie – les vies ? – de Noelie, un personnage incroyable comme on aimerait qu’il puisse en exister. J’ai lu d’une traite ce formidable roman en ayant l’impression d’avoir traversé l’histoire et les continents en trois heures d’une lecture ininterrompue. Une très belle découverte, et un joli coup de cœur que je ne saurai que vous conseiller de dévorer à votre tour.

Looping, d’Alexia Stresi, est publié le 8 mars 2017 aux éditions Stock.

Ayez les bons réflexes, Dr Gérald Kierzek

Ma note :

Dr Gérald Kierzek - Ayez les bons réflexes« La peur n’évite pas le danger, mais de bons réflexes en limitent les conséquences » . Cette citation résume à elle seule l’esprit de ce guide pratique, publié un an après les attentats de novembre 2015 qui plongèrent une partie de la France dans la sidération, avec en suspens une interrogation : saurais-je y faire face, si j’y étais confronté ?

Depuis, les français rechignent un peu moins à se prendre par la main pour se faire former aux gestes de premiers secours auprès des associations agréées, une logique citoyenne pour laquelle nous sommes parmi les plus mauvais élèves d’Europe. Dans cet ouvrage, le docteur Kierzek, médecin urgentiste à l’Hôtel-Dieu de Paris, nous rappelle cette nécessaire culture du risque, et loin d’effrayer, apporte des réponses à ces situations devenues plus concrètes pour beaucoup d’entre nous.

Abordant les diverses situations de risque collectifs liés aux catastrophes naturelles (les bons réflexes en cas d’orage, de tempête, d’inondation, d’incendie, de condition climatique extrême, de séïsme), aux incidents technologiques (les risques nucléaires) ou liés aux attentats, le livre est enrichi de 25 fiches réflexes qui nous donneront quelques pistes pour anticiper au mieux ces situations par nature exceptionnelles.

Une lecture paradoxalement rassurante, qui permet de se sensibiliser sans créer de psychose, qui nous rappelle qu’il reste nécessaire de se faire former aux gestes qui sauvent. Et rassurez-vous, ce livre est écrit pour le grand public et donc parfaitement accessible sans connaissances médicales ou secouristes.

Ayez les bons réflexes, du Docteur Gérald Kierzek, est publié le 2 novembre 2016 aux éditions Fayard.

Terminus Elicius, Karine Giebel

Ma note :

Karine Giebel - Terminus EliciusLe monde de l’édition est parfois fait de mystère, de choix étranges, et je m’interroge toujours sur l’opportunité – et les motivations – qu’ont eu les éditions Belfond de republier ce tout premier roman de Karine Giebel, auteur française de polar désormais bien connue, qui était paru en 2004 dans la collection Rail Noir des éditions La Vie du Rail, un groupe de presse spécialisé dans la publication de magazines et de romans en rapport avec le transport ferroviaire.

Terminus Elicius nous emmène donc à Marseille, dans un commissariat de la ville où travaille Jeanne, une employée administrative un peu particulière, oscillant entre des rituels maniaques et les décompensations psychotiques. Au bureau, elle est discrète au point d’en devenir invisible, même si elle aimerait que le capitaine Esposito la remarque un peu plus.

Jeanne donc, très ritualisée, prend tous les jours le même train pour se rendre de Istres – où elle vit avec sa mère, dépressive neurasthénique – à Marseille, où elle travaille. Et inversement, le soir. Toujours le même train, la même place, les mêmes habitudes.

Un jour, glissée entre deux sièges, Jeanne trouve une lettre laissée là à son attention. A l’intérieur, un courrier d’un mystérieux Elicius, qui lui annonce la surveiller depuis longtemps, l’aimer, et être un tueur. Et ça tombe bien, pendant ce temps, le capitaine Esposito et son équipe traquent en vain un tueur en série dans les environs de Marseille.

Pour la faire court, Jeanne et le tueur correspondent plus où moins, entre deux crises de nerf et deux égorgements de victimes, tandis que la police patauge littéralement dans un bain de sang. Le capitaine Esposito est pourtant déterminé, comme l’illustre cette brillante phrase : « Désormais, il en faisait une affaire personnelle. Il y passerait ses jours, ses nuits, sa vie entière s’il ne fallait. Et sa traque ne connaîtrait ni répit ni pitié » .

Bref, ce roman fut très vite lu, et c’est tant mieux. Je l’ai trouvé plein de bons sentiments, de grosses ficelles, d’amateurisme, de clichés en veux-tu en voilà. J’en étais désolé pour Karine Giebel, pour qui j’ai beaucoup d’estime littéraire, car je ne comprends pas qu’on ai voulu remettre en avant ce livre qui a toutes les qualités, et tous les défauts, d’un premier roman. Si vous ne connaissez pas encore l’auteur, attaquez-vous plutôt à Purgatoire des innocents ! Enfin, on notera la présence d’une nouvelle inédite en fin d’ouvrage, pour faire passer la pilule du roman : une bonne idée, mais loin d’être suffisante.

Terminus Elicius, de Karine Giebel, est publié en 2004 aux éditions La Vie du Rail et republié le 3 novembre 2016 aux éditions Belfond. Le titre est également disponible au format poche depuis octobre 2011 aux éditions Pocket.

« Un président ne devrait pas dire ça… », Gérard Davet et Fabrice Lhomme

Ma note :

Davet et Lhomme - Un président ne devrait pas dire ça...Il en aura fait couler de l’encre, cet ouvrage ! Dés la parution des bonnes pages dans divers hebdomadaires et quotidiens, puis ensuite à sa sortie en librairie, ce livre eu un effet retentissant dans la presse – et dans les discussions – , comme de l’huile versée sur un feu déjà difficile à circonscrire, celui de la désaffection grandissante des français pour François Hollande.

Je le dis en préambule, j’ai attaqué la lecture de ce pavé de plus de 650 pages sans aucun esprit partisan, car je ne milite dans aucun parti, et que faisant fi de l’hystérie désormais collective qui touche le peuple dés lors que l’on parle de politique, j’ai gardé la tête sur les épaules en lisant cet essai, ce formidable témoignage, rédigé par deux journalistes. Je suis un électeur ayant échappé à la radicalisation politique, qu’on se le dise.

Quelques semaines avant l’élection présidentielle de mai 2012, Gérard Davet et Fabrice Lhomme ont proposé au candidat Hollande de le suivre dans son parcours et, s’il était élu, d’écrire sur les 100 premiers jours de son mandat. L’élection passée, un accord fut trouvé afin que les journalistes puissent poursuivre leurs rencontres mensuelles avec le président pendant cinq ans, jusqu’à l’été 2016, quelques mois avant la fin du mandat auquel il fut élu.

Ce livre est donc le fruit de leurs rencontres, officielles, qu’elles aient eu lieu dans son bureau à l’Élysée, dans l’un des salons du palais présidentiel, ou autour d’un apéritif dinatoire dans l’appartement de l’un des journalistes. Tout fut enregistré, tout fut abordé, sans crainte ni tabou. De ces soixante-et-un entretiens, les deux journalistes tirent un travail dans l’ensemble passionnant, non retouché par l’intéressé, aux thématiques regroupées dans plusieurs grands chapitres, tels que « L’homme » , « La Méthode » , « Les Affaires » , …

Lui, président, l’un des plus intègres que la France ait connus, l’un des moins obsédés par le pouvoir et ses attraits, aussi, n’aura sans doute pas été le catastrophique chef d’État si souvent dépeint.

Président impopulaire, François Hollande ne fût pas pour autant inactif pendant son mandat, et s’il reconnaît quelques mauvais choix, ou des orientations gouvernementales sur lesquelles il aura mal communiqué, il porte la nostalgie d’une présidence qui ne lui accorda aucune mémoire de ses bonnes réformes, des crises qu’il a su gérer, ou du rôle qu’il pu avoir dans la diplomatie internationale. Les auteurs évoquent « cette étrange fatalité qui colle aux basques du président : rien n’est porté à son crédit, même quand tout paraît, au moins sur le fond, pouvoir militer en son sens » .

Les auteurs résumeront à propos de l’actuel locataire de l’Élysée, qu’il « est plus un gestionnaire qu’un visionnaire. Un technocrate d’élite, pur produit de la méritocratie républicaine, doublé d’un homme raisonnable, souvent calculateur, dont la vie n’aura pas vraiment été traversée par le souffle de l’épopée… » .

Un essai épais mais passionnant, qui m’a permis de découvrir un homme discret, un président qui aura tenu la barre malgré les querelles au sein de ses gouvernements, malgré les quolibets, malgré les affaires dans son entourage politique, malgré une vie amoureuse exposée dans la presse à scandale, malgré un bilan qu’il aurait souhaité plus favorable, et qui aura tenu la plus belle promesse qu’il avait faite aux français : rester quoiqu’il advienne un président normal.

« Un président ne devrait pas dire ça… » de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, est publié aux éditions Stock le 12 octobre 2016. Il est également disponible au format de poche aux éditions Points depuis le 2 mars 2017.

Citation de No Home

No Home, Yaa Gyasi

Ma note :

Yaa Gyasi - No HomeIls sont rares ces romans qui vous happent, qui dés les premières pages libèrent une magie littéraire, vous jettent un sort qui vous empêche d’en arrêter la lecture avant d’en tourner la dernière page, exténué par une lecture frénétique. Ils sont assez rares pour que l’on puisse en parler comme des coups de cœur, des révélations, des pépites, et qu’on veuille essayer de convaincre tout le monde autour de soi que c’est LE roman à lire, le titre qu’il ne faut surtout pas rater, et dont on espère qu’il deviendra avec le temps un grand classique de la littérature américaine.

Le roman débute dans la fin du 18ème siècle, dans les terres de Côte-de-l’Or, le Ghana actuel, autour du destin de deux soeurs, Effia et Esi, nées d’une même mère dans deux villages différents d’une province tribale du pays fanti. Effia sera mariée à un colon anglais du fort de Cape Coast, vivant alors du commerce avec l’Afrique mais surtout de la traite négrière. Sa soeur Esi, dont elle ignore l’existence, sera elle aussi envoyée dans le fort, mais dans ses immondes cachots, ou elle sera vendue comme esclave puis envoyée en Amérique.

Au fil des générations, le lecteur suit la descendance de ces deux sœurs promises à des destinées que tout oppose et qui pourtant, chacune à leur façon, fait écho à ses racines. Les enfants d’Effia resteront dans ces terres d’Afrique, seront de ces Grands Hommes, chefs de tribus, lettrés, enseignants, condamnés à voir les clans s’entretuer pour survivre et vendre à l’homme blanc sa précieuse marchandise qu’est l’homme noir.

Aux États-Unis, la descendance d’Esi connaîtra l’enfer de l’esclavage, des champs de coton aux coups de fouets, du travail forcé dans les mines à l’injuste ségrégation, de la guerre de sécession à l’enfer de la drogue. Sept générations plus tard, les destins entremêlés de Marjorie et de Marcus, chacun porteur de la très longue histoire de leur famille, faite d’espoir et de souffrance, riches de leurs racines africaines, qui se retrouvent enfin au fort de Cape Coast, le point originel.

Yaa Gyasi signe à 26 ans un premier roman d’une extraordinaire maturité, d’une beauté qui transcende la littérature. L’histoire de cette famille qui traverse les siècles, nourrie par l’espoir d’une vie meilleure, qui toujours garde la tête haute, est tout simplement magnifique. C’est une lecture passionnante, à l’écriture maîtrisée, un roman polyphonique de personnages aussi sensibles que touchants, qu’il faut absolument découvrir. Un très grand livre !

No Home, de Yaa Gyasi, est publié aux États-Unis en juin 2016 sous le titre « Homegoing ». Il est publié en France le 4 janvier 2017 aux éditions Calmann-Lévy dans une traduction de Anne Damour.

L’expérience Utopia, Kyle Mills

Ma note :

Kyle Mills - L'expérience UtopiaQuinze ans après sa mort, l’œuvre de Robert Ludlum vit encore grâce à la plume talentueuse d’écrivains méconnus, relégués à l’ombre par une rentable franchise, comme Eric Van Lustbader avec la poursuite de la saga Jason Bourne, ou bien pour la saga Covert-One qui nous intéresse ici, de nombreux autres auteurs dont Kyle Mills.

Covert-One est une agence non officielle, non gouvernementale, gérée par un espion, ami de longue date du président. Elle fait le sale boulot sans exister, détourne secrètement des fonds pour se financer, et remplit ses missions en utilisant les services et les hommes de différentes organisations fédérales, le tout sans éveiller l’attention.

Lorsque Dresner Industries dévoile son nouveau produit, le Merge, une véritable révolution technologique, humaine et militaire se profile. La machine, à peine plus grosse qu’un smartphone, se connecte à des implants cérébraux et transforme notre expérience de vie : amélioration de la vue, de l’ouïe, navigation web intuitive, programme Layer-Cake visant à déterminer si les personnes avec qui l’on interagit sont de bonnes personnes, mentent, …

Le colonel Smith, médecin microbiologiste de l’armée, est chargé de tester la version militaire du Merge, dont seule l’armée américaine serait dotée. Les applications sont incroyables, et rapidement un groupe de bureaucrates de l’armée met K.O. une équipe de Navy Seals dans une expérience visant à tester le potentiel du Merge.

Derrière cette façade révolutionnaire, Christian Dresner cache en réalité un projet fou, celui de l’amélioration de l’espèce humaine par l’épuration. Avec l’aide de Randi, une agent de la CIA qui découvrira en Afghanistan un village entièrement massacré, et qui fera le lien avec une expérience du Merge, le colonel Smith va devoir enquêter le plus discrètement possible sur les plans machiavéliques de son créateur, alors que chaque jour des dizaines de milliers de nouveaux Merge sont implantés…

Kyle Mills réussit avec L’expérience Utopia à refaire vivre l’esprit de Ludlum sous sa plume talentueuse. L’histoire est haletante, j’ai dévoré ce livre avec avidité, et j’ai souvent songé qu’il fallait une imagination débordante pour avoir songé à tel ou tel élément du bouquin. Ce n’est évidemment pas de la littérature intellectuelle, ça ne passera pas dans La Grande Librairie, mais c’est un sacré bon roman de divertissement comme je les aime !

L’expérience Utopia, de Kyle Mills, est paru aux aux États-Unis en mars 2013. Il est publié en France aux éditions Grasset le 19 octobre 2016 dans une traduction d’Alexandre Guégan.

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