L'Homme Qui Lit

À propos des livres

La Trêve, Saïdeh Pakravan

Ma note :

Saïdeh Pakravan - La TrêveDans son dernier roman, l’auteur franco-américaine Saïdeh Pakravan, née en Iran et installée à Paris, imagine un monde bouleversé par un évènement inimaginable : une trêve dans la folie des hommes. Sans prévenir, un 9 juillet à minuit, tout semble s’arrêter : plus de meurtre, plus de crime, plus de viol, plus de morts, plus de maladies, et plus de naissances.

Les urgences sont vides, les ambulances restent sagement alignées en attendant désespérément un appel de détresse, et les commissariats s’ennuient face à cette soudaine pause dans ce qui constitue d’ordinaire leur activité quotidienne. L’auteur nous fait suivre un policier, loin des stéréotypes du genre, qui profite de cette trêve pour se rapprocher d’une journaliste d’origine iranienne, elle même ne restant pas insensible à ses charmes.

Une fois que les médias se sont emparés de cet étrange phénomène, défiant toute statistique et toute logique scientifique, la trêve se retrouve sur toutes les lèvres, et des hommes politiques aux charlatans, tous profitent de l’évènement pour faire parler d’eux. Parmi une multitudes de petites histoires, où des personnages à peine rencontrés illustrent brièvement l’absence de capacité malveillante en ce jour extraordinaire, on suit plus particulièrement le destin de quatre personnes sur lesquels pèse une force négative.

Ce roman original m’a fait penser à un négatif des scénarios de la saga American Nightmare, où à l’exact opposé, pendant vingt-quatre heures, tous les crimes étaient autorisés. Les histoires s’enchaînent avec un certain amusement, au début, puis une vague lassitude, sur le tard, de part leur aspect un peu redondant, dénué de surprise. La lecture est néanmoins rendue agréable grâce au talent de raconteuse d’histoires de l’auteur, qui semble n’être jamais à cours d’idées quand il s’agit d’imaginer la perversité et la méchanceté des humains entre eux. Un livre étrange mais agréable, plein d’espoir et un brin mystique, qui mérite qu’on lui donne sa chance.

La Trêve, de Saïdeh Pakravan, est publié le 25 août 2016 aux éditions Belfond dans une traduction d’Agnès Michaux.

Là où les lumières se perdent, David Joy

Ma note :

David Joy - Là où les lumières se perdent« La vie dans laquelle j’étais né semblait avoir été gravée dans le marbre à l’instant où mon nom de famille avait été griffonné sur mon acte de naissance » , nous lance en guise d’avertissement Jacob McNeely. C’est que, dans le comté de Caroline du Nord où il vit avec son père Charly, porter ce nom condamne à une sorte de malédiction, celle d’être jugé comme un moins que rien, au mieux, ou comme un délinquant, au pire. Et toujours, d’inspirer la peur et le dégoût autour de soi.

« J’avais été chié par une mère accro à la meth qui venait juste d’être libérée de l’asile de fous. J’étais le fils d’un père qui me planterait un couteau dans la gorge pendant mon sommeil si l’humeur le prenait » . Alors que son père est un des gros dealers de meth de la région, le môme grandit à ses côtés en apprenant quelques règles simples, ne faire confiance à personne, ne jamais se retourner, être toujours sur ses gardes. Pour son père, Jacob est une sorte de relève, et c’est désormais à lui qu’il confie la mission de corriger un de leurs associés à la langue trop pendue.

Dans cette vie jalonnée de ratés, Jacob trouvera pourtant une raison d’espérer, de rêver à un avenir meilleur, à une vie différente que celle à laquelle son nom et ses origines le destinent. C’est Maggie, une voisine avec qui il a grandit et dont il est éperdument amoureux malgré leur récente séparation, qui lui donne l’envie de tout changer. « Maggie savait d’où je venais, elle savait ce qu’on cherchait à faire de moi, et elle croyait tout de même que je pourrais m’en sortir » .

Seulement rien n’est jamais simple dans la vie, encore moins pour ceux qui ont grandi en tournant le dos à la chance, et lorsque le passage à tabac merdera dans les grandes largeurs, Jacob n’aura pas d’autre choix pour s’en sortir que de couper les liens, se libérer de ses entraves : il va devoir affronter son père.

Premier roman d’un jeune écrivain américain, Là où les lumières se perdent nous plonge dans une vie de malchance. C’est un récit noir de crasse et rouge du sang versé, où la lumière apparaît au bout d’un interminable tunnel, insaisissable espoir d’une vie différente, folle utopie d’échapper à sa destinée. Un roman sur le désir de rédemption, sur l’amour, sur le destin et sur cette putain de vie, qui parfois prend plus qu’elle ne donne. Un excellent premier roman d’un auteur dont il faut absolument suivre les prochaines publications, et qu’on ne manquera pas j’en suis certain, de retrouver bientôt au cinéma.

Là où les lumières se perdent, de David Joy, est publié aux États-Unis en mars 2015 sous le titre « Where all light tends to go » . Il paraît en France le 25 août 2016 aux éditions Sonatine dans une traduction de Fabrice Pointeau.

Police, Hugo Boris

Ma note :

Hugo Boris - PolicePeu de professions vous exposent à la fascination et à la haine au quotidien. Les policiers français subissent la schizophrénie sociale d’un pays qui change de cible au gré du vent médiatique : on les applaudit pour les encourager après les attentats, on pleure leurs morts lors d’évènements dramatiques, on les caillasse sans vergogne lors des manifs, on les méprise lorsque l’exercice de leur profession vient déranger les petits arrangements qu’on prend avec la loi, on les suspecte d’être tout à la fois ignares, alcooliques, ripous et violents. Un amour vache, dira-t-on.

Hugo Boris nous plonge en immersion dans une mission ordinaire d’un équipage lambda de la police nationale, trois policiers comme on en croise tous les jours sans forcément y prêter attention. Virginie, la femme tourmentée par une grossesse non désirée qu’elle s’apprête à stopper, Aristide, le beau tas de muscles à la grande gueule, qui tente par tous les moyens de rester dans le giron de celle qu’il a réussi à mettre dans son lit un soir, et Erik, le major et chef d’équipage qui passe pour un vendu à la solde de sa hiérarchie.

Alors que l’incendie fait rage au Centre de Rétention Administrative de Vincennes, où s’entassent les immigrés clandestins en attente de décision de reconduite à la frontière, tous les trois se retrouvent embarqués pour une escorte d’un tadjik jusqu’à l’aéroport Charles de Gaulle. Cette mission en apparence banale, répétée des dizaines de fois par jour par des équipes spécialisées, va profondément transformer le destin de ces trois policiers, qui verront leurs certitudes voler en éclat.

C’est un roman qui se lit rapidement, deux cent pages qui nous plongent dans l’habitacle de cet équipage hétéroclite et plus complexe qu’il n’y paraît, à la manière d’un documentaire télévisé. L’histoire est touchante et empreinte d’humanité, ne verse pas dans le pathos, et nous rappelle, s’il en était besoin, que sous cet uniforme jamais assez bien taillé ne se cachent que des hommes et des femmes ordinaires, passionnés par un métier qui les use, et parfois même bien incapables de cacher leur sensibilité derrière leur gilet pare-balles.

Police, de Hugo Boris, est publié le 24 août 2016 aux éditions Grasset.

Voici venir les rêveurs, Imbolo Mbue

Ma note :

Imbolo Mbue - Voici venir les rêveursNous sommes en 2007, en pleine crise financière des marchés américains. Jende Jonga est un camerounais originaire de Limbé, une station balnéaire anglophone située en bord de mer, et résidant illégalement sur le sol états-unien après que son visa ait expiré. Après plusieurs années à vivre de petits boulots, son cousin Winston lui obtient un entretien avec Clark Edwards, un associé de la banque d’investissement Lehman Brothers. Lorsque ce dernier l’engage comme chauffeur pour la famille, la vie de Jende s’en voit bouleversée.

Sa femme Neni et leur fils de six ans vont enfin pouvoir jouir de sa prospérité nouvelle, et la famille réfugiée dans un minuscule deux pièces de Harlem imagine déjà la Green Card à portée de main, leur ouvrant alors toutes les perspectives de réussite et de bonheur. Neni travaille dur pour espérer débuter un jour ses études afin de devenir pharmacienne, et ce nouvel emploi au service des Edwards les soulage des difficultés financières.

Entre Jende et son patron Clark, un respect mutuel s’établit, et les deux hommes partagent même quelques bons moments, ainsi que quelques secrets. C’est que, malgré leurs positions si distinctes, ils savent s’appuyer sur ce qui les rassemble : une certaine vision de la morale, le plaisir simple d’un coucher de soleil, le sens de la famille.

Mais pour les Jonga, l’attente de la réponse des services de l’immigration concernant leur demande d’asile, se fait chaque jour un peu plus difficile, l’épée de Damoclès d’une expulsion étant toujours bien présente, et « ils perdraient la chance de grandir sur une terre merveilleuse, peuplée de rêveurs » . Chez les Edwards, tout prend l’eau, et les tensions professionnelles de Clark à propos de sa banque, alors en plein remous, n’aident pas à apporter de la stabilité à son couple. Alors que tout vacille, vers quoi se tourneront-ils pour ne pas s’effondrer ?

Premier roman d’une camerounaise elle-même originaire de Limbé et partie étudier aux États-Unis en 1998, Voici venir les rêveurs s’est fait remarquer lors de la Foire du livre de Francfort il y a deux ans, et l’éditeur américain l’a alors acheté pour un joli montant. Réjouissons-nous qu’il sorte en France cinq jours avant les États-Unis, car ce magnifique roman est un des immanquables de cette rentrée littéraire, une magnifique histoire pleine d’humanité, confrontant deux hommes à l’American Dream. C’est beau, c’est touchant, c’est bruyant comme une avenue de Manhattan, ça sent la cuisine africaine à chaque page, et j’ai lu chaque dialogue en imaginant la voix chantante et mélodieuse d’Alain Mabanckou. Bref, c’est un coup de coeur : vous allez adorer !

Voici venir les rêveurs, de Imbolo Mbue, est publié aux États-Unis le 23 août 2016 sous le titre « Behold the Dreamers » . Il est publié en France le 18 août 2016 aux éditions Belfond dans une traduction de Sarah Tardy.

En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut

Ma note :

Olivier Bourdeaut - En attendant BojanglesInstallez-vous confortablement dans votre coin de lecture favoris, faites résonner Nina Simone dans votre appartement et plongez-vous sans retenue dans ce court roman à la pétillante mélancolie. Premier roman couronné du Grand Prix RTL / Lire, du Prix du roman France Télévision, et d’autres encore, En attendant Bojangles fut la découverte inattendue de ce début d’année 2016, la recommandation qui fut sur toutes les bouches, et c’est avec quelques mois de retard que je me suis enfin laissé emporter dans ce tourbillon de vie de 160 pages.

Un fils raconte avec enchantement son enfance haute en couleur, dans un foyer fantasque. Le père aimait s’inventer des vies aux origines exotiques pour faire fantasmer son auditoire, jusqu’à ce qu’il rencontre celle dont il tombera éperdument amoureux, et qui partagera son excentricité. « Quand la réalité est banale, inventez-moi une belle histoire, vous mentez si bien, ce serait dommage de nous en priver » , lui demande celle qui deviendra sa femme. Des écrits du père, cités par son fils pour édulcorer ses propres souvenirs d’enfant, la rencontre se résume ainsi : « le temps d’un cocktail, d’une danse, une femme folle et chapeautée d’ailes, m’avait rendu fou d’elle en m’invitant à partager sa démence » .

La famille vit alors des jours heureux, ce foyer vibre d’un amour sans restriction, d’un bonheur sans limite. Aux côtés de Mademoiselle Superfétatoire, une grue ramenée d’Afrique servant d’animal de compagnie, toutes les folies sont tolérées, les fêtes sont sans fin, les cocktails coulent à flot, et les contraintes semblent ne pas exister. « Les invités s’exclamaient que c’était vraiment la fiesta tout le temps, et papa répondait que la vie c’était bon comme ça » .

Avec le temps, les excès et les énervement l’emportent sur l’amusement, « nous nous étions dit que son originalité continuait à monter les escaliers, qu’elle avait atteint un nouveau palier » . Après la folie de trop, la mise en danger, c’est l’internement, la confrontation à la réalité : celle de la maladie mentale. « De toute façon, j’ai toujours été un peu folle alors un peu plus, un peu moins, ça ne va pas changer l’amour que vous avez pour moi » , tempère celle qui règne rapidement sur le service de psychiatrie dans lequel elle vit, et où son fils et son mari viennent la voir chaque jour.

Lors d’une ultime escapade, comme un pied de nez aux contraintes de la vie, alors que la famille se réfugie dans son château en Espagne « après des années de fêtes, de voyages, d’excentricités et d’extravagante gaieté » , la chute se prépare, aussi vertigineuse qu’inéluctable, me laissant alors dans cette douce mélancolie des lendemains de fête, la tête pleine de souvenirs artificiels des folles soirées passées à écouter Nina Simone chanter. Le spleen des bons romans.

En attendant Bojangles, d’Olivier Bourdeaut, est publié en janvier 2016 aux éditions Finitude.

Déserteur, Boris Bergmann

Ma note :

Boris Bergmann - DéserteurDans un avenir fictif, mais ô combien tangible, la France déclare une guerre totale au terrorisme après une vague d’attentats meurtriers, et pour contenter un électorat en mal de vengeance, le gouvernement utilise une armée de drones pour bombarder sans relâche l’ennemi dans son propre camp.

Notre narrateur, génie de l’informatique et hacker sans aucune morale, qui « fait partie d’une génération pour qui toute technologie est organique » , rejoint les drapeaux après une rupture sentimentale lui ayant laissé l’amer goût de la revanche. Aucun patriotisme chez cet homme mystérieux dont on ne sait presque rien, sinon qu’il s’engage pour l’argent, et prend un certain plaisir à programmer chaque jour dans des bureaux climatisés à Paris des codes servant à assurer cette guerre propre qui se joue à distance, devant des écrans et joystick à la main.

Quand il est envoyé sur le terrain pour une mission au Moyen-Orient, il découvre l’aberration de cette guerre moderne et clinique, où les drones assument les risques à la place des soldats. C’est au côté de jeunes militaires à la ferveur blessée qu’il passe ses journées, et tandis qu’il programme ces avions sans pilote, eux s’ennuient du combat, de cet essentiel corps à corps avec l’ennemi.

Lentement, l’auteur transforme le récit, et ce qui aurait pu passer pour une altération de la réalité, une discrète anticipation, devient science fiction, et l’essor des machines sur l’homme se fait angoissant lorsque l’on découvre que certaines de ces machines ultra-secrètes sont totalement autonomes, et se passent de contrôle humain. Quand survient l’inéluctable mutinerie, l’armée n’hésite pas à laisser les drones sacrifier les hommes, quitte à faire passer la tuerie pour un assaut terroriste supplémentaire. Dans ce terrain hostile, notre hacker saura-t-il seulement sauver sa peau ?

Déserteur est un récit atypique, glissant au fil des pages dans un univers de science fiction. La langue est belle et maîtrisée, et j’ai pris un réel plaisir littéraire à la lecture de ce roman, qui s’est achevé d’une traite. Le propos est intelligent, et interroge avec justesse sur ces guerres modernes, où chaque militaire mort au combat porte le poids de l’échec de la Nation à protéger ses soldats lors de ses conflits. Un roman actuel et lucide, mon premier de la rentrée littéraire 2016, qui place d’emblée la barre haute !

Déserteur, de Boris Bergmann, est publié le 17 août 2016 aux éditions Calmann-Lévy.

Pas assez de toi, Valéry K. Baran

Ma note :

Valéry K. Baran - Pas assez de toiJ’ai douté, tout le temps qu’a durée ma lecture : est-ce que je n’aurais pas déjà lu ce bouquin. C’était impossible, puisqu’il venait d’être publié début juin, et pourtant… Une fois cette nouvelle terminée, j’ai quand même connecté quelques neurones : le début de l’histoire avait un vague air de déjà lu, la fin me semblait totalement inconnue. Mais quand même, le titre des chapitres qui n’était pas sans rappeler le film roumain 4 mois, 3 semaines, 2 jours, lauréat de la Palme d’Or du Festival de Cannes de 2007, me rappelait une nouvelle numérique achetée sur Amazon. C’est en recherchant sur mes listes SensCritique que j’ai trouvé, j’avais déjà lu cette nouvelle publiée aux éditions Laska, au moins dans une première version, il y a exactement un an.

L’histoire est celle de Yohan et Thomas, deux jeunes homos qui se tournent autour et dont l’attirance magnétique rend leur relation aussi chaotique qu’intense. Après plusieurs années à pratique la fuite en avant, Thomas se décide à rentrer à Paris après d’ultimes galères à l’étranger. Après des années d’errance à courir après une chimère, et à coucher avec le tout Paris dans des lieux toujours plus sordides, Yohan semble décidé à passer à autre chose. Aussi quand au hasard d’une backroom les deux amants se retrouvent, l’ambiance devient électrique.

Un départ précipité au Guatemala leur apprendra à se retrouver, et à construire un semblant de relation stable alors que leur situation sur place est absolument précaire. Alors qu’ils partent pour une dernière escapade à Livingston avant de songer à rentrer en France, ils font la rencontre fortuite d’une transsexuelle, reine de la nuit locale, et de son petit protégé Adrian, qui s’attire rapidement les regards convoiteux des deux amoureux. Leur récente stabilité après des années de tumulte résistera-t-elle au torse bronzé du jeune Apollon ?

Pas assez de toi est une nouvelle que j’ai lu d’une seule traite, sans m’ennuyer, même si j’en avais déjà lu une première édition. Je suis toujours étonné des romances homosexuelles « male to male » qui sont écrites par des femmes, surtout quand elles sont parsemées de scènes érotiques sans aucune ambiguïté. Si la première partie était à mon sens un peu exagérée, stéréotype de quelques rares homosexuels parisiens, j’ai apprécié la seconde partie plus introspective et romantique. Si vous êtes gay ou que vous aimez ce genre de romance, sans que l’érotisme gay ne vous empêche de dormir, vous pouvez foncer : à 1,99€ l’éditeur vous fait une fleur !

Pas assez de toi, de Valéry K. Baran est publié au format numérique le 3 juin 2016 aux éditions HQN.

Les adeptes, Ingar Johnsrud

Ma note :

Ingar Johnsrud - Les adeptesJ’ai toujours idéalisé la Scandinavie, ces terres de vikings que l’on connaît surtout pour ses meubles aux noms imprononçables et son modèle social souvent cité en exemple, pour ses prisons, son système de santé, sa politique migratoire, son idéal de formation aux gestes de premiers secours, la moralité de ses élus, etc. Depuis une grosse dizaine d’année et l’arrivée de Stieg Larsson, ces pays se sont taillés la part belle dans les polars édités en France, avec quelques têtes d’affiche comme Henning Mankell, Jo Nesbo, Jussi Adler-Olsen ou encore Camilla Lackberg. Il faudra aujourd’hui compter sur un petit nouveau qui devrait s’installer durablement, Ingar Johnsrud.

Le titre original« Wienerbrorskapets » est imprononçable mais se traduit par « la confrérie de Vienne« , en référence à la Société pour l’hygiène raciale dont il est question dans le roman. L’éditeur français a choisi un titre plus proche de celui de l’éditeur anglophone, qui avait choisi « Those who follow« , plus en lien avec l’aspect sectaire de l’histoire.

Difficile de résumer ce roman sans trop en dire afin de ne pas gâcher l’intrigue ! Le commissaire Fredrik Beier est chargé d’enquêter sur la disparition de la fille et du petit fils d’une responsable politique chrétien-démocrate au sein d’une secte s’appelant La Lumière de Dieu. Une flic du renseignement intérieur, Kafa Iqbal, est chargée de lui prêter main forte. Une enquête banale, jusqu’à ce que la ferme dans laquelle s’était retirée la communauté ne devienne la cible d’un bain de sang, et que la plupart de ses membres soient portés disparus. Autre élément troublant, celle ci cachait dans son sous-sol un laboratoire ultra-sécurisé, dont personne n’est capable de dire à quoi il pouvait bien servir. La suite est une course contre la montre, mêlant pêle-mêle un tueur aussi redoutable qu’insaisissable, des morts, un couple d’homosexuels kidnappés, encore des morts, du terrorisme biologique et des nazis.

Premier roman d’une trilogie qui s’annonce franchement pas mal, Les adeptes est un très bon polar, chargé d’hémoglobine et aux rebondissements incessants, avec une histoire qui pour autant tient la route. J’ai adoré dévorer ce roman, et une fois la moitié du bouquin atteinte, impossible de m’arrêter de lire ! Je ne peux que conseiller, et être impatient que le second tome, Kalypso, qui sort ce mois-ci en Norvège soit publié en France.

Les adeptes, d’Ingar Johnsrud, est publié en janvier 2015 en Norvège sous le titre « Wienerbrorskapets » . Il paraît en France le 19 mai 2016 dans la collection La Bête Noire aux éditions Robert Laffont, dans une traduction d’Hélène Hervieu.

Monsieur l’écrivain, Joachim Zelter

Ma note :

Joachim Zelter - Monsieur l'écrivainJe me fais toujours un peu avoir par les couvertures, surtout lorsqu’elles mettent en avant des bouquins, et à plus forte raison encore lorsqu’elles montrent des bibliothèques entières. Seulement voilà, n’écrit pas Confiteor qui veut, et dernièrement j’ai été déçu par ces romans aux couvertures accrocheuses, ce bookporn qui fait rêver les blogueuses littéraires.

L’expérience ne fut guère plus positive avec Monsieur l’écrivain, de l’allemand Joachim Zelter, une nouvelle qui sort en 128 pages chez Grasset trois ans après sa publication outre-Rhin. L’auteur y dénonce de manière satirique les travers du monde de l’édition avec le personnage de Selim Hacopian, qui envoie une missive aussi brève qu’irritante à un écrivain de renom : « Selim Hacopian a écrit un livre ».

L’homme en question n’y joint pas un extrait de son manuscrit, non, il fournit un curriculum vitae aussi farfelu que sa missive, et face à l’absence d’emballement de la part de ce célèbre écrivain, se décide à l’interpeller directement dans la rue. Bon gré mal gré, les deux hommes prennent pour habitude de se retrouver dans un café pour travailler ensemble les écrits calamiteux de cet homme ne maîtrisant même pas la langue, et dont la prose semble ne pouvoir jamais être publiée. Seulement voilà, alors que l’éditeur de l’écrivain commence à moins s’intéresser à celui ci, le style de Selim Hacopian séduit une grande maison d’édition…

Cette mini-satire n’est pas catastrophique, mais je l’ai lue sans passion et avec assez peu d’intérêt. Le style est un peu lourd, l’histoire pas franchement transcendante, et ça ne devrait pas ébranler le monde de l’édition. Heureusement que c’était vite lu !

Monsieur l’écrivain, de Joachim Zelter, est une nouvelle publiée en août 2013 en Allemagne sous le titre « Einen Blick werfen » . Elle est publiée en France le 4 mai 2016 aux éditions Grasset.

Chagrin d’école, Daniel Pennac

Ma note :

Daniel Pennac - Chagrin d'écoleJ’ai découvert deux choses futiles et une chose importante avec ce petit roman autobiographique d’environ 300 pages dont la lecture fut savoureuse. La première, c’est que Pennac est un diminutif du nom Pennacchioni, et la seconde est que l’auteur est un vieux monsieur aux cheveux gris, ce qui m’a surpris parce que j’avais décidé en achetant ce roman dont l’auteur m’était alors totalement inconnu, qu’il serait un jeune quadra dans la fleur de l’âge. Bref, voilà pour les futilités.

Chagrin d’école retrace une carrière d’enseignant, une vie dédiée à l’apprentissage, à l’accompagnement des jeunes vers l’acquisition des connaissances. Sa mémoire de prof est surtout tournée vers ceux dont on parle moins, où jamais comme il faut : les cancres. Lui qui fut, jusqu’à sa maîtrise de lettres, considéré comme un cancre sans avenir par ses enseignants et sa famille, prend un plaisir serein à guider les élèves en difficulté sur le chemin de la réussite.

Rien n’est magique, et Pennac s’amuse de ses méthodes pédagogiques peu orthodoxes, rarement académiques, mais régulièrement efficace auprès des élèves qui ont baissé les bras face au savoir. Je me suis surpris au fil des pages à m’imaginer enseigner avec le même amour que lui pour la transmission, la même foi dans les capacités de ces jeunes habitués à ce que le corps enseignant  se conforme à leur prétendue incapacité.

Et c’est peut-être ça, la chose la plus importante de ce livre, c’est la leçon que tire Pennac de ses années de professeur : qu’il n’y a pas de recette magique, qu’il faut accepter l’échec, mais que toujours, les élèves ont besoin d’amour, ont besoin qu’on croit en eux. Une autobiographie bercée d’une douce nostalgie, débordante d’humanité et de malice.

Chagrin d’école, de Daniel Pennac, est publié en octobre 2007 aux éditions Gallimard dans la collection Blanche. Disponible au format de poche depuis mars 2009 chez Folio.

Page 1 sur 10

Fièrement propulsé par WordPress & Thème par Anders Norén