L'Homme Qui Lit

À propos des livres

Une avalanche de conséquences, Elizabeth George

Ma note :

Elizabeth George - Une avalanche de conséquencesJeune blogueur aux débuts du phénomène, dans une précédente vie parisienne, j’avais réussi à contacter quelques attachées de presse de différents éditeurs, dont celle des Presses de la cité, qui à l’époque déjà était vraiment très sympa. Quelques services de presse plus tard, j’avais le bonheur de lire mon premier polar d’Elizabeth George, Anatomie d’un crime, un roman qui jusqu’à maintenant reste en bonne place dans mon Top 10 des lectures, tous genres confondus.

Aussi l’occasion de me replonger dans l’univers britannique de l’auteur à succès avec Une avalanche de conséquences était trop belle, et malgré un peu de retard, j’ai pu trouver le temps d’avaler cet excellent polar pendant un séjour d’une semaine à Paris.

Caroline Goldacre est une femme aussi détestable que pathologique, autour de laquelle les cadavres s’entassent. Il y a déjà son fils Will, qui se jette du haut d’une falaise dans le Dorset alors que son ex-petite amie tombe sur son journal intime, puis quelques années plus tard Clare Abbott, écrivain féministe engagée auprès de qui Caroline tenait un rôle d’assistante envahissante.

Le rapport entre ces deux crimes n’est pas évident, aussi quand Rory l’attachée de presse de Clare est à son tour empoisonnée, Barbara Havers de Scotland Yard demande à l’inspecteur Lynley d’être officiellement chargée de l’enquête. Flanquée d’un coéquipier dont elle se serait bien passée, la policière alors en disgrâce va pouvoir s’immerger dans la campagne anglaise du Dorset, en apparence si paisible, et qui cache pourtant de profondes inimités.

Dans ce roman sur le secret de famille et les personnalités pathologiques, Elizabeth George réussit une fois encore à faire vivre un polar de grande qualité, une histoire prenante aux personnages denses, à l’image d’une Caroline Goldacre qu’elle adore nous faire détester au fil des pages. Qui sont les bourreaux, qui sont les victimes ? C’est toute la question de ce roman réussi que j’ai dévoré dés que j’en avais l’occasion.

Une avalanche de conséquences, de Elizabeth George, est publié aux États-Unis en octobre 2015 sous le titre « A Banquet of Consequences » . Il paraît en France le 22 septembre 2016 aux Presses de la Cité dans une traduction d’Isabelle Chapman.

Les Frimas d’Oxford, Enzo Daumier

Ma note :

Enzo Daumier - Les Frimas d'OxfordSix mois après avoir dévoré Tendres baisers d’Oxford, le premier tome de cette trilogie, voilà que son auteur Enzo Daumier publie la suite tant attendue par celles et ceux qui, comme moi, avaient été conquis par les mésaventures amoureuses de Lucien, étudiant français exilé à Oxford pour terminer sa thèse. Dommage que HQN, l’éditeur numérique d’Harlequin qui avait fait connaître son premier roman, ne l’ai pas suivi… Si vous n’avez pas lu le premier tome (mais j’en serai surpris !), arrêtez-vous là, car le résumé de ce nouvel opus lève le voile sur les intrigues du premier bouquin.

Nous retrouvons donc Lucien, juste après que son petit ami Andrew, chanteur star du groupe pop du moment, a annoncé publiquement sur le plateau d’une émission qu’il n’y avait rien entre lui et Lucien… Désavoué et humilié, puis rapidement mis sur le devant de la scène médiatique et des réseaux sociaux, Lucien digère mal cette annonce télévisée, et se réfugie dans les bras de Matthew, son ex petit ami qui n’attendait plus que ça.

Mais rien n’est simple au pays des starlettes, et Lucien avait promis de passer Noël chez les Knight, la famille de son meilleur ami Nicholas, frère du chanteur lui ayant brisé le coeur. Abattu, il compte profiter de ses quelques jours d’exil pour faire le point sur les avances pressantes de Matthew et sur le silence d’Andrew. Tout allait plutôt pas mal, jusqu’à ce qu’Andrew rentre à l’improviste dans sa famille après qu’un de ses concerts privés a été annulé…

J’ai retrouvé dans ce court e-book le même plaisir que j’avais eu à la lecture du premier volet et je l’ai dévoré d’une traite. L’histoire est mignonne sans dégouliner de bons sentiments, agrémentée de quelques passages osés mais qui ne devraient choquer personne, et la fin du roman laisse la part belle au suspens : vivement la sortie du troisième et dernier tome !

Les Frimas d’Oxford, de Enzo Daumier, est auto-publié le 1er novembre 2016 au format e-book uniquement, et disponible sur Amazon.

La tentation d’être heureux, Lorenzo Marone

Ma note :

Lorenzo Marone - La tentation d'être heureuxJe n’ai pas assez souvent l’occasion de m’essayer à la littérature italienne et après avoir terminé La tentation d’être heureux, je ne peux que le regretter. Troisième roman de l’ancien avocat napolitain, qui consacre désormais sa vie à l’écriture, à sa femme et à son fils, il se déroule dans la ville dont il est originaire et qui est malheureusement plus réputée pour la Camorra, sa mythique mafia, que pour ses talents littéraires.

Cesare Annunziata est un vieux machin de soixante-dix-sept ans qui n’aime pas grand monde et ronchonne tout le temps. Veuf, il vit seul dans son appartement à Naples, et ne côtoie pas grand monde à part sa voisine de pallier, une vieille folle dont l’appartement est infesté de chats qu’elle recueille et dont l’odeur est pestilentielle, et un vieil impotent quelques étages plus bas, ami de longue date qui vit cloitré en attendant la mort.

Pourtant il a une famille, mais il passe son temps à se chamailler avec sa fille avocate qui le sermonne comme un enfant sur son hygiène de vie désastreuse depuis qu’il a survécu à un infarctus, et il en veut à son fils de ne pas être fichu de lui dire qu’il est homosexuel, comme s’il risquait de mal le prendre. A son âge, Cesare a décidé de reprendre sa vie en main, et s’il a jusque là été un mauvais mari et un piètre père, c’est terminé : il dit ce qu’il pense, fait ce qu’il veut et s’amuse comme un enfant en se faisant passer pour le préfet ou un ancien gradé de la gendarmerie afin d’obtenir quelques faveurs.

Pourtant, derrière ce personnage un brin acariâtre se cache quelqu’un de bien, et quand il découvrira que sa nouvelle voisine de pallier se fait allègrement taper dessus par son mari, Cesare décide de prendre les choses en main avec l’aide de ses voisins…

Malgré une histoire pas franchement poilante, celle de la violence conjugale et du tabou social qu’elle réprésente, Lorenzo Marone arrive à rendre ce roman drôle et léger, et on se prend d’affection pour ce personnage atypique de papy grincheux, qui n’est pas sans rappeler par certains moments celui de Jonas Jonasson dans Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire. Un roman attachant, plus délicat qu’il n’y paraît, qui donne effectivement envie d’être heureux.

La tentation d’être heureux, de Lorenzo Marone, est publié en Italie en janvier 2015 sous le titre « La tentazione di essere felici » . Il est publié en France le 1er septembre 2016 aux éditions Belfond dans une traduction de Renaud Temperini.

Aux petits mots les grands remèdes, Michael Uras

Ma note :

Michaël Uras - Aux petits mots les grands remèdesAlex exerce un drôle de métier, aussi novateur qu’énigmatique : il est bibliothérapeute. Après avoir suivi une formation à l’étranger, car il y a peu de thérapeutes qui soignent par la lecture, le voilà officiellement installé. S’il soigne ses clients, qu’il considère comme des patients, en leur faisant lire des titres aux vertus thérapeutiques, choisis spécifiquement en fonction de leurs problèmes, sa vie n’est pas dénuée de complications.

Pas tout à fait remis de sa rupture avec Mélanie, dont il est encore amoureux, la voilà qui finit à l’hôpital dans un sale état après s’être fait agresser en marge d’une manifestation qui la confrontait à une foule de bigots opposés au mariage pour tous.

Tous les matins, l’absence de Mélanie éclatait. Un feu d’artifice envahissait l’appartement. Une pluie de fusées noires dans la pièce éclairée. Il fallait pourtant s’en extraire et tenter d’aider les autres.

Il lui faut malgré tout continuer à soigner ceux qui comptent sur lui. Il y a Yann, l’adolescent revêche qui ne peut plus parler depuis un terrible accident, et qui vit reclus dans sa chambre en faisant subir un enfer à sa mère surprotectrice ; mais également Anthony, le footballeur professionnel qui n’assume pas sa différence et demande une discrétion quasi maladive sur sa thérapie, quand il s’affiche en boxer sur tous les Abribus.

C’est sans compter sur Robert, un homme vieillissant qui s’ennuie dans son couple, s’extasie pour une machine à laver et retrouve ses amis le week-end pour des manifestations contre le mariage pour tous, qu’il faut bien aider même si Alex ne partage absolument pas ses idées. Pour couronner le tout, il est surveillé de près par Marceline Farber, sa voisine et propriétaire, qui ne l’a jamais vu d’un bon oeil et le poursuit afin d’obtenir le paiement intégral de ses loyers…

Troisième roman de Michael Uras, professeur de lettres modernes dans le Haut-Doubs, Aux petits mots les grands remèdes est un roman pétillant d’intelligence, débordant d’amour de la littérature tout en conservant une légèreté de ton et un humour très fin. J’ai noté tout un tas de petites phrases et de formules percutantes pendant la lecture de ce roman très agréable, qui donnerait envie de devenir bibliothérapeute.

Aux petits mots les grands remèdes, de Michael Uras, est publié le 31 août 2016 aux éditions Préludes.

Bronson, Arnaud Sagnard

Ma note :

Arnaud Sagnard - BronsonVoilà que s’achève la dernière lecture des quatre titres proposés par les éditions Stock pour le Prix SensCritique du Premier Bouquin, après L’éveil de Line Papin, Anthracite de Cédric Gras et Un travail comme un autre de Virginia Reeves, mon préféré de tous. Bronson est un peu différent des autres titres, puisqu’il s’agit d’une biographie romancée, un genre auquel je ne m’essaie pas assez souvent étant de principe peu attiré par les récits biographiques, mais dans lequel il faut reconnaître aux auteurs récents une volonté payante de transformer l’essai biographique en véritable roman, en invitant un peu la fiction pour lier les faits historiques entre eux.

« L’homme délesté de tout ce qui est accessoire » . Un jour, un critique a écrit cette phrase à son sujet. Névralgique et silencieux, Bronson est une puissance de retrait. L’air se raréfie en sa présence, ce stoïcien armé d’un revolver ne sature pas l’espace comme le font la plupart des grandes acteurs, il vide plutôt l’écran de toute autre présence. Sans se battre ni parler, il exerce une forme performative de violence. Elle est déjà là comme une pesanteur.

Bronson est une légende du cinéma américain, un homme destiné à tout sauf à se retrouver sur grand écran, qui débuta sa vie comme mineur de charbon, dans une famille de mineurs, habituée aux drames. Né entre deux guerres, il sera mobilisé lors de la seconde et se retrouvera mitrailleur dans la queue d’un avion militaire, à essayer de sauver sa peau face aux pilotes japonais.

Après quelques cours de théâtre dans une grande ville, Bronson se fait remarquer pour sa gueule, son physique de bandit qui l’aidera aussi souvent qu’il ne le pénalisera dans la vie. Un taiseux avare de mots souvent cantonné à ces rôles d’individu imperméable, qui aime les femmes à sa façon, et épousera sa première femme à 28 ans.

La carrière de Bronson sera ensuite à l’image de la filmographie qu’il laisse derrière lui après son décès en 2003 : un long succès, l’acteur étant adulé partout où il passe. « Depuis qu’il est apparu à l’écran un harmonica à la bouche, le public européen lui voue un culte sans précédent. (…) Il est le détenu creusant le tunnel du salut, l’homme poursuivant et trouvant l’assassin de son frère, l’enquêteur résolvant un mystère, il sera l’amant traquant et punissant la femme qui l’a trahi, l’Indien condamnant l’oppresseur, le mafieux mettant à bas le système, l’espion mettant fin à la guerre froide… » .

Arnaud Sagnard fait du récit de la vie de Charles Bronson, né Bunchinsky, un roman intriguant, une biographie originale qui plus souvent qu’à son tour donne envie de s’installer devant sa télé pour visionner ces films mythiques qui ne sont pourtant pas de ma génération, afin de rencontrer cet acteur dont je connais désormais la vie sans en connaître l’oeuvre.

Bronson, d’Arnaud Sagnard, est publiée le 24 août 2016 aux éditions Stock.

Anthracite, Cédric Gras

Ma note :

Cédric Gras - AnthraciteSeconde lecture de la sélection de premiers romans publiés chez Stock, en lisse pour le Prix SensCritique du Premier Bouquin, et déjà un peu plus intéressé qu’avec L’éveil de Line Papin, qui m’avait plutôt endormi.

Nous sommes donc cette fois en Ukraine, en 2014, à l’époque dite de la « crise ukrainienne » , quand le gouvernement décide de ne pas se rattacher à l’Union Européenne, entraînant alors sa chute dans une révolution partant tous azimuts. La crise prit une dimension internationale lorsque la presqu’île de Crimée demande à rejoindre la Fédération de Russie, entraînant un chaos diplomatique et militaire de grande envergure. Dans le Donbass, une région du sud-est de l’Ukraine, les miliciens s’affrontent, d’un côté les pro-russes, de l’autre les ukrainiens.

Au centre de tout ça, deux amis d’enfance aux destins divergents – l’un est chef d’orchestre et fuit une arrestation imminente, l’autre dirigeait une mine d’anthracite, une variété de charbon gris – prennent la fuite et tentent, en sauvant leur peau, de mettre à l’abri les femmes qu’ils aiment.

J’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire, mes connaissances du conflit ukrainien n’allant pas plus loin que celles apportées par les journaux télévisés et la presse en ligne (mais merci Wikipédia, hein !), et le roman était quelques fois un peu difficile à suivre dans sa logique. Il y a du bon, dans ce roman flirtant de réalisme, et j’ai apprécié la cocasserie des certaines situations, qui prêtent à sourire, en dépit du fait que l’on se retrouve au beau milieu d’une guerre, avec de vrais morts, et qu’en soit ça ne me fasse pas franchement marrer. J’ai été moins ennuyé mais pas passionné par l’histoire de ce premier roman.

Anthracite, de Cédric Gras, est publié le 24 août 2016 aux éditions Stock.

Un travail comme un autre, Virginia Reeves

Ma note :

Virginia Reeves - Un travail comme un autreTroisième lecture des quatre titres proposés par les éditions Stock aux dix membres du jury de cette 1ère édition du Prix SensCritique du Premier Bouquin… et enfin un roman qui m’a absorbé. La courte biographie de l’auteur sur son site nous informe qu’elle est diplômée en écriture par l’université d’Austin au Texas, et qu’elle est désormais retournée vivre en famille dans le Montana, d’où elle est originaire. Ce premier roman a par ailleurs été retenu lors de la première sélection de treize titres du Man Booker Prize, l’un des plus prestigieux prix littéraires anglophones, mais il n’a malheureusement pas été retenu parmi les six finalistes.

Alabama, années 1920. Roscoe T Martin est électricien, ancien employé de la compagnie d’électricité Alabama Power, parti s’installer avec son épouse Marie et leur jeune fils Gerald dans la ferme de ses beaux parents dont ils ont hérité. Fasciné depuis toujours par la magie de ce courant dont il perçoit très vite le développement fulgurant, il s’adapte mal à la vie de fermier et ne s’occupe guère de l’exploitation qui décline alors doucement. Un jour, il décide que ses compétences d’électricien peuvent servir à moderniser la ferme, et avec l’aide de Wilson leur employé noir, prend sur lui de détourner du courant électrique sur une ligne de son ancienne compagnie qui passe à proximité, laissant croire à tout le monde que la compagnie innove en électrifiant les exploitations agricoles.

La ferme reprend lentement vie, de même que le couple, et l’exploitation connaît alors une période relativement heureuse. Seulement voilà, un soir alors que la famille est en plein dîner, le shérif vient arrêter Roscoe pour vol, mais également pour homicide : un des employés d’Alabama Power chargé de la maintenance des lignes est tombé sur leur installation permettant de détourner le courant et est mort électrocuté par son transformateur maison.

Tandis que Wilson est condamné comme complice, et vendu comme prisonnier à une mine, Roscoe est envoyé dans la prison de Kilby après avoir été condamné à vingt ans de prison lors d’un procès bâclé où sa femme refusera de venir le voir.

Le roman alterne entre les récits de la vie en prison, une prison moderne qui vient de se doter de la chaise électrique, et l’histoire de cette famille jusqu’au drame qui la fit voler en éclat. Je n’avais absolument pas entendu parler de ce roman, et c’est dommage, parce que je l’ai littéralement dévoré ! Le personnage de Roscoe, autour de qui tourne le récit, est plus complexe qu’il n’y paraît et rend l’histoire plus surprenante, ses réactions moins prévisibles. Je me suis surpris à m’être attaché à celui qui, dans les premières pages, m’avait clairement rebuté. C’est un roman magnifique sur la famille, sur la prison, sur le pardon et la rédemption : une de mes lectures préférées de cette année !

Un travail comme un autre, de Virginia Reeves, est publié en mars 2016 aux États-Unis sous le titre “Work Like Any Other” . Il est publié en France le 24 août 2016 aux éditions Stock dans une traduction de Carine Chichereau.

L’éveil, Line Papin

Ma note :

L'éveil - Line PapinJe suis un fervent utilisateur du site SensCritique depuis plusieurs années. J’ai regardé avec un brin de jalousie l’industrie du cinéma offrir les meilleurs partenariats commerciaux à ce site de partage de critiques (et de bien plus, d’ailleurs). Aussi quand j’ai vu passer l’info d’un partenariat avec un éditeur, j’ai sauté sur l’occasion pour proposer ma candidature : autant vous dire que j’étais super content d’être retenu avec neufs autres lectrices et lecteurs du site.

L‘idée, c’est de nous partager via la plateforme NetGalley quatre “premiers romans” publiés aux éditions Stock à l’occasion de cette rentrée littéraire, de nous demander de les lire puis d’en publier notre avis sans contrainte au moins sur SensCritique, afin de désigner un lauréat. Vous avez raison, c’est un peu biaisé, parce que c’est une opération commerciale avant tout, et j’aurais aimé comme certains d’entre vous que SensCritique propose un prix littéraire indépendant. Qui sait, les années suivantes peut-être ?!

Concernant ma première lecture, L’éveil, je suis moins enthousiaste. J’ai découvert au moment de rédiger cet avis très bref que son auteur, Line Papin, avait tout juste vingt ans, et je n’avais même pas pris le temps de lire le résumé du roman, aussi on ne pourra pas penser que j’en ai débuté la lecture avec un à priori.

Nous sommes au Viêt Nam, à Hanoï. Un français expatrié bosse comme serveur et lors d’une fête, y fait la rencontre de Juliet, la fille de l’ambassadeur d’Australie. C’est mignon, ça sent bon les amourettes de vacances, on s’imagine déjà les balades dangereuses accrochés l’un contre l’autre sur un scooter dans les rues bondées, à jouer du klaxon pour essayer de n’écraser personne, et le coucher de soleil la tête de la fille posée sur l’épaule du garçon, doigts entrelacés, le regard perdu dans l’immensité du paysage teinté d’une douce chaleur rose orangée. On rêve un peu, on pourrait oublier avoir déjà subi Marc Lavoine et Zoé Félix dans le même genre de scène au cinéma.

Et en fait, non. Pour rester dans la tradition culturelle française, on se retrouve embarqué dans un ménage à trois avec une autre française, Laura, qui vient brouiller les cartes avec son anorexie, ses excès, son instabilité.

Tout n’est pas à jeter avec l’eau du bain, dans ce premier roman. Bon, c’est peut-être parce que je suis un mec, allez savoir, mais ces atermoiements émotionnels féminins, ça m’épuise : c’est lors de ce genre de lecture que je suis heureux d’être gay, pour tout vous dire. Et qu’on écrive un roman où le mec réfléchit comme une femme, c’est un mauvais point. Pour autant, il faut reconnaître que l’essentiel de la lecture est plutôt agréable et que la plume de l’auteur est prometteuse. À surveiller, donc.

L’éveil, de Line Papin, est publié le 24 août 2016 aux éditions Stock.

Anna, Niccolo Ammaniti

Ma note :

Niccolo Ammaniti - AnnaNous sommes en 2020, en Sicile. Sur cette petite île qui s’accroche presque à la botte de l’Italie, vivent Anna et son petit frère Astor, et pas grand chose d’autre. Quelques années plus tôt, un virus inconnu surnommé La Rouge a déferlé sur la planète, décimant tous les adultes plus où moins rapidement. De manière assez mystérieuse, la maladie ne se déclare chez les enfants qu’avec les signes de puberté. Les Grands réduits à l’état de cadavres à la décomposition plus où moins avancée, ne reste alors plus sur la planète qu’une génération d’enfants de moins de 14 ans, résignés à survivre en attendant la mort. Ou une guérison miraculeuse.

A Castellammare, au nord ouest de l’île, les deux enfants tentent de survivre dans la maison de leur mère. Astor, quatre ans, vit enfermé dans le terrain familial, effrayé par toutes les horreurs qu’Anna a inventé pour éviter que son petit frère n’aille se confronter à la laideur du monde. C’est elle qui explore les villes à l’abandon, errant de boutique saccagée en maison déjà fouillée, dans l’espoir de trouver quelques vieilles conserves leur permettant de se remplir l’estomac de temps en temps.

Sur cette île coupée du monde, livrée à elle-même, règne un espoir d’enfant : une Grande aurait survécu, et serait immunisée face au virus. Cette adulte érigée en déesse vivrait protégée par une meute d’enfants dans un hôtel du coin, et chacun y va de son histoire pour imaginer comment la contenter, afin d’obtenir d’elle une immunisation. Pour Anna et Astor, l’espoir se situe sur le continent, où elle est persuadée que certains ont survécu et mis au point un remède. De Palerme à Messine, commence alors un long périple dans un territoire peuplé de cadavres, de bandes d’enfants errants et de meutes de chiens affamés. Un voyage vers l’espoir.

Romancier italien bien connu à l’étranger, Niccolo Ammaniti voit la plupart de ses romans adaptés au cinéma. Anna dérogera peut-être à cette règle : si le roman se lit avec avidité, et que la plume est belle et l’histoire émouvante, haletante, impossible de s’enlever de l’esprit un air de déjà lu, de déjà vu. Anna pourrait être une variante de La Route de Cormac McCarthy, qui semble avoir posé les codes du genre. Les amateurs de série retrouveront également l’ambiance post-apocalyptique de The Walking Dead, zombies en moins. Un bon roman, mais qui m’a un peu déçu par son manque d’originalité.

Anna, de Niccolo Ammaniti, est publié en Italie en octobre 2015 sous le même titre. Il paraît en France le 31 août 2016 aux éditions Grasset dans une traduction de Myriem Bouzaher.

La Trêve, Saïdeh Pakravan

Ma note :

Saïdeh Pakravan - La TrêveDans son dernier roman, l’auteur franco-américaine Saïdeh Pakravan, née en Iran et installée à Paris, imagine un monde bouleversé par un évènement inimaginable : une trêve dans la folie des hommes. Sans prévenir, un 9 juillet à minuit, tout semble s’arrêter : plus de meurtre, plus de crime, plus de viol, plus de morts, plus de maladies, et plus de naissances.

Les urgences sont vides, les ambulances restent sagement alignées en attendant désespérément un appel de détresse, et les commissariats s’ennuient face à cette soudaine pause dans ce qui constitue d’ordinaire leur activité quotidienne. L’auteur nous fait suivre un policier, loin des stéréotypes du genre, qui profite de cette trêve pour se rapprocher d’une journaliste d’origine iranienne, elle même ne restant pas insensible à ses charmes.

Une fois que les médias se sont emparés de cet étrange phénomène, défiant toute statistique et toute logique scientifique, la trêve se retrouve sur toutes les lèvres, et des hommes politiques aux charlatans, tous profitent de l’évènement pour faire parler d’eux. Parmi une multitudes de petites histoires, où des personnages à peine rencontrés illustrent brièvement l’absence de capacité malveillante en ce jour extraordinaire, on suit plus particulièrement le destin de quatre personnes sur lesquels pèse une force négative.

Ce roman original m’a fait penser à un négatif des scénarios de la saga American Nightmare, où à l’exact opposé, pendant vingt-quatre heures, tous les crimes étaient autorisés. Les histoires s’enchaînent avec un certain amusement, au début, puis une vague lassitude, sur le tard, de part leur aspect un peu redondant, dénué de surprise. La lecture est néanmoins rendue agréable grâce au talent de raconteuse d’histoires de l’auteur, qui semble n’être jamais à cours d’idées quand il s’agit d’imaginer la perversité et la méchanceté des humains entre eux. Un livre étrange mais agréable, plein d’espoir et un brin mystique, qui mérite qu’on lui donne sa chance.

La Trêve, de Saïdeh Pakravan, est publié le 25 août 2016 aux éditions Belfond dans une traduction d’Agnès Michaux.

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